‹ Theatre D'hier et D'Aujourd'huiChapitre 43 sur 81 · THÉ AT RE D’ HIER RS AR ECS EVE CNE SPP PE EE ET OR RE · texte numérisé non relu

THÉ AT RE D’ HIER RS AR ECS EVE CNE SPP PE EE ET OR RE

passionnés et de pures extases, mais de vulgaires réalités. À priori, ceci est légitime. Il y a bien chez Racine des indications de ce genre, chez Eriphile et chez Phèdre par exemple (il y a tout dans Racine) ; mais chez Racine tout est merveilleusement nuancé et mesuré, tout s’enveloppe d’une souveraine et divine poésie. Chez M. de Porto-Riche il n’en est pas tout à fait ainsi.

L'amour pour lui, c’est uniquement l’amour physique dans sa grossière sincérité. La grande nouveauté, la grande audace de son théâtre c’est d’avoir rejeté brutalement les voiles dont nous décorons la passion, de l’avoir présentée toujours sous son aspect cyniquement vrai, sous son aspect physique, physiologique, pathologique même, d’avoir montré que lorsque nous parlons d’amour, c’est le plus souvent désir qu’il faudrait entendre et je ne dis pas que cette audace manque toujours de grandeur. Cet instinct souverain, cette revanche de l’animalité même chez des êtres de qualité supérieure a quelque chose de poignant ; c’est vraiment une fatalité nouvelle.

C’est Vénus tout entière à sa proie attachée.

Et le plus terrible, c’est que ces malheureux se connaissent. [ls sont lucides et désarmés. Dans les moments où ils sont maîtres d’eux-mêmes, ils peuvent témoigner de la bonté, de l’humanité, ils peuvent rougir de leur égoïsme (je ne dis pas réagir contre lui) et plaindre leurs victimes (ce que ne faisait jamais le Don Juan classique) ; mais vienne la folie d’amour, la frénésie soudaine et tout, pitié, remords, résolutions, tout est balayé et Michel Fontanet (je prends cet exemple entre tant d’autres) qui aime

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son fils, qui sait, en poursuivant son aventure, le pousser à la mort, aura ce cri monstrueux : « Après moi le déluge ! ».

A peindre cette galerie de cas pathologiques, M. de Porto-Riche à apporté toutes les ressources de la psychologie la plus aiguë et aussi une ardeur nerveuse, une finesse de sensibilité, et souvent une amertume, un accent de tristesse qui éveille des échos profonds. Avec cela, une forme tantôt incisive, directe, tantôt onduleuse, frissonnante, comme musicale, d’un charme inquiétant et équivoque. Il y a dans son art un peu de ce Don Juanisme qu’il aimait tant dans la vie.

Il est difficile de citer des exemples, car il ne s’agit pas de morceaux brillants qui se détachent. Mais lisez, dans Amoureuse, la querelle de Germaine Fériaud et de son mari — ce calvaire douloureux qui la conduit de la surprise à la stupeur, à l’angoisse, à la colère, à la folie — ou encore cette scène du pardon au dernier acte, pardon sans rhétorique, sans générosité théâtrale, pardon humble, misérable, honteux, avec la chute de ces deux répliques finales si lourdement humaines : « Réfléchis, Etienne, tu seras malheureux. — Qu'est-ce que ça fait ».

Ecoutez dans le Passé, ce dialogue où se traduit la misère infinie de Dominique :

DOMINIQUE

La première fois, je me suis révoltée, j'ai crié, et j’ai pardonné. Puis, ce fut une autre trahison, puis une autre, et puis toujours. Notre vie devint

un duel furieux et quotidien, où je déshonorai ce qui me restait de fier, et lui ce qui lui restait de bon.

THÉ AT RE D HIER GR

ANTOINETTE

Ma pauvre amie !

DOMINIQUE

J'ai connu par cet homme que j'adorais toutes les humiliations, toutes les angoisses, toutes les tortures, les plus atroces et les plus variées. Jamais amant n’a déployé pareille ingéniosité pour martyriser sa maitresse.

À 2 Et je m'étonne vraiment de la somme de souffrances qu'une créature bumaine peut supporter. Je m'étonne d’être vivante et de ne pas être une brute.

ANTOINETTE

Tu m’épouvantes.

DOMINIQUE

Je voulais le garder à tout prix, mais mes capitulations ne servirent à rien. J'ai eu beau faire, j’ai été lâchée, lâchée brutalement. Un jour, il n'est pas revenu.

ANTOINETTE

Le misérable !

DOMINIQUE

Comment et pourquei s’est accomplie cette rupture, je me le demande encore. Il est parti sans une explication, sans même prononcer les paroles de haine qui permettent de répondre et d'espérer. Quand la porte se referma sur lui, je croyais qu’il allait remonter une heure après. Et, pendant des semaines, des mois, des années, je l’ai attendu, comme on attend ces marins disparus depuis longtemps, et dont la mort est incertaine.

ANTOINETTE

C’est effroyable.

DOMINIQUE, allumant une cigarette.

Voilà pourquoi j'ai de l’amertume et même un peu de rancœur.

Et voyez encore dans le Vieil Homme quelle sûreté de main pour nous rendre vivantes en quelques traits l’aimable et cruelle insouciance de Fontanet, la gravité douloureuse de Thérèse, la légèreté facile de Madame Allain, l’exaltation nerveuse d’Augustin.

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