‹ Theatre D'hier et D'Aujourd'huiChapitre 44 sur 81 · ET D'’'AUJOURD’'HUI ER PE D PE EE PO SR ENT ES · texte numérisé non relu

ET D'’'AUJOURD’'HUI ER PE D PE EE PO SR ENT ES

Certes on ne peut confondre M. de Porto-Riche avec les spécialistes d’un certain théâtre, les fabricants de petites pièces pour petites scènes et d'articles bien parisiens.

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Mais, tout de même, cette hantise d’un seul problème, cette préoccupation de l’amour seul (et d’un seul genre d’amour) ne confère pas à son théâtre la véritable grandeur. Je ne parle pas au point de vue moral ; mais, littérairement, les maîtres du théâtre psychologique nous avaient habitués à autre chose.

Racine qui est avant tout le peintre admirable de la passion, n’est pas l’homme d’un seul sujet. Andromaque n’est pas une amoureuse, ni da douce Iphigénie, ni surtout Clytemnestre. Sa pénétration psychologique s’est plue à analyser l’orgueil d’Agrippine, la monstruosité de Néron, le cynisme de Narcisse.

Marivaux interrompt parfois la série de ses Jeux de l'amour, de ses Surprises, de ses Inconstances pour s’amuser à de curieuses fantaisies philosophiques ou pour nous offrir avec la Mère confidente une délicieuse étude du sentiment maternel.

Rien ne contraint ou ne limite la fantaisie poétique de Musset et vous vous rappelez auprès de ses amants, ces caricatures, ces fantoches pittoresques et truculents. Rien de tout cela chez M. de Porto-Riche. Il ne veut nous présenter que des consciences obnubilées par la passion. Il y a vraiment quelque chose de monotone et de désobligeant dans cette obstination à nous avilir. Que nos sen-

THÉ AT RE D °’ HIER RU timents soient des instincts transformés ou évolués et que, dans ces instincts, l’animalité triomphe, il se peut ; mais nos instincts primitifs n’en ont pas moins été transformés par des siècles de culture, d’éducation religieuse, d’affinement moral. Est-ce être plus vrai que de nous les prêter à l’heure actuelle dans leur sauvagerie primitive ?

Cela passerait encore, si M. de Porto-Riche entendait nous présenter quelques cas exceptionnels — mais il entend nous offrir dans son théâtre la normale de l’humanité.

, Jeter devant nous je ne sais quelle bête pe quel gorille primitif et nous dire non pas : voilà d’o vous venez (ce qui déjà serait médiocrement ae). mais : voilà ce que vous êtes, c’est vraiment excessif. On | avait abusé peut-être des personnages sympathiques ; on peut trouver qu’il abuse des personnages déplaisants.

Je vous disais tout à l’heure que parfois ils ont un vague sentiment de leur bassesse, et par là ils pourraient se relever à nos yeux ; malheureusement ils sont incapables d’un effort, d’une velléité pour y échapper. Mieux que cela, ils semblent le plus souvent en être fiers. Cette sensualité bestiale, ils en parlent sans aucune gêne, ils en font parade, ils en plaisantent grossièrement. Est-ce clairvoyance de psychologues ou cynisme répugnant.

Médecin connu, homme d’expérience, grand travailleux, esprit raffiné, Etienne Fériaud, le héros d’Amoureuse aurait toutes les raisons — même s’il est d’âme médiocre — de n’être pas un goujat (c’est au nom de la seule vraisemblance que je parle). Or écoutez-le faire part à sa femme, laquelle n’a d’autre tort que de l’aimer trop, de la lassitude qu’il éprouve :

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Adieu, ma servitude est finie, je suis libre maintenant. Quoiqu'il advienne, si bas que tu descendeg, je ne paierai jamais trop cher ma liberté.

Cette liberté, sache-le, je la place au-dessus de ma dignité. Tu ne peux savoir combien de fois, j'ai maudit la pitié qui m’enchaînait ici !

Ceci, c’est quand il s’impatiente. Et dans ses instants d’indulgence et de bonne humeur, il a des trouvailles de ce genre :

Si tu n'avais pas souffert, que de choses charmantes n'auraient pas été dites.

Muflerie dans les deux cas. M. de Porto-Riche n’en a pas le soupçou. | |

Vous pensez comment s'expriment les autres Don Juan, quand ils n’ont pas la culture de celui-ci. Je serais embarrassé de vous citer des exemples. Cette phrase seulement de François Prieur :

Qu'importe que je sois un menteur, si tu m'aimes et si je t’aime !

Serais-tu la première et la dernière à te laisser adorer par un scélérat ? Est-ce qu’on juge, est-ce qu’on punit, est-ce qu’on chasse l’homme de certains soirs inoubliables !.

Ne trouvez-vous pas cela d’une charmante délicatesse ?

Il est vrai que les femmes à qui s’adressent ces madrigaux sont toutes un peu des femmes de sérail habituées à la tyrannie du mâle, résignées à ne demander à la vie que des satisfactions d’un certain ordre, et que rien ne se révolte en elles contre cette bestialité. Mademoïiselle Henriette Charasson a relevé cela très vivement. (1)

(1) M. de Porto Riche ou le Racine Juif. Paris, Edit. du Siècle, 1925.

THÉ ATRE D ’ HIER SR

Dominique Brienne n’est-elle pas la première à excuser l’infamie de François Prieur :

Ses méfaits ne sont jamais que les fautes d'amour et l'honneur d’un homme n’a jamais été entamé, que je sache, par des maîtresses quittées ou trahies.

Parler de l’honneur de ce triste sire, n'est-ce pas un véritable non sens. Et elle dit encore :

Est-ce qu’ un amour infortuné ne signifie pas démence, suppression de toute espèce de droiture et, partant, de toute espèce de dignité.

Au moins nous sommes fixés. Ne pas être abandonnée, ne pas être lâchée comme elles disent, toute la vie d’une femme, pour M. de Porto-Riche, se réduit à cet unique souci.

On en arrive aimsi, avec l'esprit le plus subtil et le plus délicat, avec une admirable pénétration psychologique, à être incapable de traduire sans fausse note des sentiments normaux. Voici dans le Vieil Homme un fragment dé conversation d’un enfant de 16 ans et de sa mère (laquelle est la plus irréprochable des femmes). Cet adolescent est impatient d’aimer et d’être aimé à son tour. Ne pourrait-il chercher une autre confidente ?

AUCUSTIN

Est-ce que tu crois, mère, qu’il me faudra attendre si longtemps ? THÉRÈSE

Bon-papa exagère.

[Bon-papa exagère de toutes Les façons. Mais sa famille trouve cela naturel]. |

: Quand tu auras rencontré une femme que tu aimes et qui t’aime, ce jour-là, tu auras l’âge requis.

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AUGUSTIN

Roméo est bien jeune quand il rencontre Juliette ?

THÉRÈSE Il a vingt ans.

AUGUSTIN Tant que ça ?

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