‹ Theatre D'hier et D'Aujourd'huiChapitre 46 sur 81 · THÉRÈSE · texte numérisé non relu

THÉRÈSE

Révolte-toi, tu as raison. L’atmosphère que tu respires n’est pas propice aux conseils qu’on te prodigue.

THÉ AT RE D °’HiE R

AUGUSTIN Tu en conviens toi-même ?

THÉRÈSE Nous avons peur que tu souffres, voilà notre excuse. AUGUSTIN Mais on n’aime pas pour le bonheur que ça donne.

THÉRÈSE Hélas !…

Elle a raison sans doute : singulière conversation, tout de même, d’une mère et d’un fils. « Les personnages de théâtre, proclamait H. Becque, doivent être inconscients.» Les personnages, oui. — Mais l’auteur ?.…

Il y a ici pourtant (dans la tonalité de ces répliques) quelque chose de nouveau. M. de Porto-Riche a toujours été préoccupé de relever, de styliser d’une sorte de lyrisme formel ce qu’il y a de brutalement réaliste dans sa peinture de l’amour. Il vise à une certaine délicatesse — littéraire — à défaut de l’autre. Sa prose passe volontiers du dialogue sec et nerveux à des couplets amoureusement ciselés.

Le Vieil Homme est particulièrement curieux à cet égard. C’est d’ailleurs son effort, je ne dis pas le plus heureux, mais le plus considérable. L’inspiration veut être sinon plus pure (car cette rivalité amoureuse d'un père et d’un fils est assez blessante), du moins plus généreuse. La pièce se déploie plus largement. Elle se déroule sur deux plans : le plan du réel, avec la vulgaire aventure de l’habituel Don Juan, un plan supérieur,

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avec le rêve douloureux du jeune Augustin, et la catastrophe jaillit de la rencontre de ce rêve et de cette réalité.

Toute la sensualité brutale de Michel Fontanet, toutes les blessures dont sa femme a longuement souffert se retrouvent chez leur fils, transmuées en une exaltation nerveuse, en une sorte de romantisme maladif. Lui aussi, cet enfant de 16 ans, ne conçoit dans la vie que l’amour ; mais il a trop vécu près de sa mère, éternelle victime, pour attendre de l’amour, pour aimer de l’amour autre chose que ses cruautés.

-« Humble petit amant, chère hostie », dira un des comparses, quand on rapportera son cadavre. Victime expiatoire, son destin est là. Il l’accepte sans un regret. Ecoutez encore quand il marche à la mort, ses paroles d’adieu à la médiocre Madame Allain :

AUGUSTIN Allons, adieu, madame Allain. Adieu pour de bon. MADAME ALLAIN Où cours-tu ?

AUGUSTIN

Je vous l’ai annoncé.

MADAME ALLAIN À Roméo...

AUGUSTIN Oui, Roméo... Vous direz à mon joyeux père, vous direz à mes parents que je me suis enfoncé dans les bois que voici. MADAME ALLAIN

Quelle idée ! Le meilleur chemin qui mène à Uriage est celui du vallon,

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