‹ Theatre D'hier et D'Aujourd'huiChapitre 51 sur 81 · ET D'’'AUJOURD’'HUI EE PES DIRE DEEE TE ESP RSE · texte numérisé non relu

ET D'’'AUJOURD’'HUI EE PES DIRE DEEE TE ESP RSE

Ja jeunesse... que je serrerai tes mains dans les miennes, avant de partir pour le grand voyage.

Et encore, au dénouement de la Femme Nue, ces paroles du peintre Bernier gémissant sur les douleurs dont il est la cause et plaignant d’une pitié infinie et sincère, celle qu’il abandonne :

C’est une chose affreuse que de voir mourir en soi son amour d’autrefois ; c’est comme un enfant à qui l’on voudrait porter secours, à qui

lon dirait : Mon petit! et qui disparaîtrait de vos bras, plus on serrerait !

Et sa victime :

Ce n’est pas toi qui es terrible, Pierre, c’est l’amour.

C’est exactement du Porto-Riche et du meilleur.

Bien entendu, je ne parle pas d’imitation directe, car la Femme Nue et la Vierge Folle, très postérieures à Amoureuse et au Passé, sont antérieures au Vieil Homme ; si bien que l’on pourrait dire que Bataille dérive de Porto-Riche mais que le Vieil Homme dérive de Bataille. Il y a action réciproque. En tout cas, vous reconnaissez le thème et le ton de ces duos.

Dans tout le répertoire à la suite de M. de Porto-Riche, toujours cette fatalité de l'amour, ou du désir (et je ne vous cite que les écrivains dignes d’un souvenir ; il y a les autres encore, et ils sont légion). Depuis plus de 30 ans, votre théâtre est en proie à cette hantise. « J’aurai peutêtre un nom dans l’histoire du cœur », a-t-il dit lui-même avec un orgueil légitime : on peut déplorer cette influence, on ne peut la nier, c’est un fait. Comme l’œuvre

T HÉ AT RE D ’'HIER BE EE

de Becque son œuvre marque une date essentielle dans l’évolution de notre théâtre moderne. Même si l’on avait le droit, littérairement, de la mépriser, son importance historique subsisterait entière et suffirait à la sauver de l'oubli.

Il n’en reste pas moins qu'avec M. F. de Curel, nous nous trouverons en présence d’un art autrement sain et vigoureux.

F. de Curel. — Les Etudes d’îmes

On ne peut pas dire de M. F. de Curel ce que je vous disais d'H. Becque ou de M. de Porto-Riche, qu’il traîne après lui une série de disciples. Son œuvre est d’une personnalité puissante faite pour décourager les imitateurs ; elle n’a rien qui puisse attirer les amateurs de succès faciles. Et lui-même, d’une intransigeance absolue, ignore ce cabotinage, ce sens de la réclame si précieux chez un chef d’école. Il n’est pas le courtisan de la foule et ne s’enferme pas dans une de ces chapelles littéraires où d’autres respirent avec délices les parfums de l’encens.

Homme de lettres, au sens vulgaire du mot, il l’est fort peu. Homme de pensée, écrivain, oui ; mais en même temps, homme d’action et de mouvement, grand marcheur, chasseur acharné, épris de vie libre et indépendante, passionné de ces paysages des Ardennes, robustes et sauvages, où il a vécu.

Son inspiration n’a rien de livresque ; il ne s’est pas formé en étudiant le répertoire des maîtres et n’a ja-

THÉATRE D’'HIER nl

mais goûté l’atmosphère des répétitions générales et des coulisses. C’est presque toujours une circonstance extérieure, une rencontre de hasard, une impression de nature, une observation brusquement offerte, durant une partie de chasse ou une promenade, qui a fait jaillir en lui l’idée première de ses pièces — et surtout de celles qui sont le plus chargées de pensée.

C’est la vie multiple et tumuliueuse de la forêt qui . lui a donné le sens de la grandeur et de la vie. Ce sont les ébats et les jeux des animaux sauvages surpris à l'affût, au petit jour, dans une clairière ou sur les bords d’un étang, qui lui ont révélé ces grandes forces instinctives qui emportent l’homme de leur élan, le plient à leur puissance, le secouent de brusques orages. Et c’est pourquoi, même les plus austères de ses œuvres nous donnent cette impression de vie libre, saine et ardente ; elles ignorent les platitudes et les médiocrités courantes et l'ennui des grandes routes fréquentées. On y respire un air sain, chargé d’effluves ; elles sont traversées de soleil,

avec des profondeurs mystérieuses devant lesquelles le regard s’arrête, hésitant.

L'âme, dit un de ses personnages (la Danse devant le miroir), ressemble à une forêt qui, de loin, forme un bloc verdoyant et superbe; essaye d'y pénétrer et les ronces t’arrêtent, les lianes t’entravent, les épines te

Rien tu vas, tu viens dans le dédale des sentiers boueux, tu es perdue.

Mais lui n’a pas eu peur de ces ronces, de ces lianes, de ces épines et de cette boue. | :

Ce n’est pas en suivant la filière habituelle, sur les

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