‹ Theatre D'hier et D'Aujourd'huiChapitre 60 sur 81 · CS CES · texte numérisé non relu

CS CES

Les orages de la pensée, après les orages du cœur et les orages de la volonté, telle est donc la voie nouvelle eù s'oriente M. de Curel après plusieurs années de recueillement, avec le Repas du Lion (1897), la Nouvelle idole (1899), la Fille sauvage (1902). Et c’est la deuxième étape de cette œuvre.

Jean de Miremont, du Repas du Lion, ou si vous préférez Jean de Sancy (c’est le nom qu’il portait d’abord) est, par nature, un de ces féodaux, grands propriétaires forestiers ou industriels, vers qui M. de Curel se sent attiré par des affinités puissantes et dont nous avons vu se dresser déjà dans les Fossiles les vigoureuses silhouettes. Lui aussi, comme d’autres personnages du même théâtre, il a, dans sa première enfance, commis un crime véritable. Dans un accident qu’il a provoqué volontai- 1ement, sans en prévoir les conséquences, par orgueil, dans un mouvement de colère brutale, un homme, un ouvrier, a trouvé la mort. Sa sensibilité nerveuse n’ou-

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bliera jamais cette image lointaine, sa conscience ne connaîtra plus le repos. L'idée de l’expiation s'empare de lui ; toute sa vie doit être consacrée à l’accomplissement de ce devoir et le premier acte se termine sur cette déclaration solennelle :

‘Je promets devant lui que je consacrerai ma vie aux ouvriers. Dès demain je quitterai Sancy ; j'irai travailler à devenir autre chose qu’un enfant faible et volontaire. Des hommes meurent pour nous, je veux me dévouer à eux

Se dévouer à eux : Comment ?

La pièce est portée ainsi sur le plan social, mais elle ne deviendra pas pour cela une froide prédication. L’auteur n’a pas une solution qu’il veuille nous imposer ; il n’établit pas son intrigue pour nous conduire à une conclusion dogmatique. Les idées ne sont pour lui, je reprends sa formule, que des « allumeuses de passion ». Il s’agit avant tout d’une âme hautaine et généreuse, aux impulsions violentes, aux brusques retours, prompte à passer des enthousiasmes exaltés à de furieuses déceptions. Drame social, si l’on veut ; crise de conscience surtout.

Tout d’abord, Jean à rêvé d’apostolat et de socialisme chrétien : toute son éducation le préparait à cela et il n’est pas douteux qu'ici la noble figure du comte de Mun se soit offerte à la pensée de l’auteur (lui-même nous la dit). Comme son modèle, le jeune homme consacre ses revenus à fonder des œuvres de charité, des sociétés de secours et de propagande. En personne, il se mêle au peuple, il prêche la charité et l’amour, il

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