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sera de ne l’y pas maintenir, de céder à l'attrait de la convention et des artifices scéniques, de compromettre la vérité qu’ils nous apportaient en la jetant dans les vieux cadres romanesques dont E. Scribe avait donné la formule, — et de nous ramener ainsi, en fin de compte, le vaudeville et le mélodrame dont nous espérions être, par eux, débarrassés.
Je ne crois pas qu’un auteur cumique donne plus qu'E. Augier une impression de loyauté, de sûreté et d'équilibre. Peu de raffinement ou de pénétration psychologique ; aucune de ces inquiétudes qui, chez d’autres, exercent un attrait subtil et mystérieux ; mais une santé, morale et intellectuelle, absolue. C’est pourquoi sans doute on s’est plu si souvent à le comparer à Molière, et certes c’est une comparaison écrasante et un éloge maladroit ; mais de tous ceux sur qui l’on asséna ce pavé de l’ours, c’ést encore lui qui s’en tire avec le moins de dommage.
Mieux que personne, il apparaît aussitôt dans la pure tradition de notre race. Son art est simple et droit ; son bon sens imperturbable ; son clair regard ne se laisse obscurcir par aucune de ces nuées qui ont brouillé tant d’intelligences autour de lui. Il juge les autres et il se juge lui-même, ce qui est plus difficile et méritoire. Tout d’abord des modèles fâcheux l’avaient égaré. Mais en 1864, et malgré des succès qui pouvaient l’aveugler, il a fait une découverte : il a découvert qu’il n’était poète en aucune manière, et l’ayant découvert il a eu ce courage : renoncer à faire des vers. c’est ce qui l’a sauvé.
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Dès sa première pièce (j'entends dès la première de ses grandes comédies en prose), il a saisi le caractère essentiel de son temps, cette ascension continue des classes moyennes, cet avènement de la bourgeoisie qui est, avec le mécontentement populaire, le résultat le plus clair de la politique de Louis-Philippe.
Cela, l’auteur de César Birotteau l’avait deviné avant lui : rien ne pouvait lui échapper. Mais ce qui n’était, avec le parfumeur de la Reine des roses, qu’une espérance cruellement démentie par les faits devient, avec le père Poirier, une réalité solide. D’une génération à l’autre, cette bourgeoisie a gagné du terrain.
En 1846 (c’est l’année où la pièce est située), le Joseph Prudhomme des caricaturistes a quitté la boutique de ses pères ; des relations sont venues à lui et il s’est affiné. Toujours solennel, il n’a plus cet air de dindon content de soi ; il a moins de vanité naïve et plus d’orgueil. Son visage bien en chair n’est plus engoncé dans ce faux-col rébarbatif aux pointes menaçantes. Il a renoncé à l’habitbleu tendu sur le gilet de casimir blanc pour adopter la tenue correcte de l’homme d’affaires ; il porte maintenant la redingote impeccable que fleurit, à la boutonnière, un large ruban bien épanoui. Il ne dit plus : « mon comptoir » ou « mon commerce », mais « mon bureau, mes affaires, mon conseil d'administration » et Th. Gautier hésiterait peut-être à s’écrier comme il le faisait naguère : « Quel magnifique imbécile ; jamais la fleur de la bêtise humaine ne s’est plus candidement épanouie. »
Bien installé dans sa fortune qu’il a gagnée, ayant en somme le droit — dont il abuse — de se donner en exem-
THÉATRE D'’'HIER EEE
ple, M. Poirier n’entend pas courber la tête devant le gendre qu’il a choisi — et E. Augier ne trouve pas cela ei ridicule. Vous vous rappelez le dialogue du 3° acte et cette riposte fameuse, ou, si vous préférez, cette passe d’armes :