SCÈNE IX ADRIENNE, CHRISTIAN
ADRIENNE
Je ne me charge pas de la commission.
CHRISTIAN
Pourquoi ça ?
Je trouve que ce n'est pas délicat. J'en serais gênée vis-à-vis de Renée.
CHRISTIAN
Vous? l'amie des hommes? Remarquez que je pourrais pour de bon avoir reçu la dépêche.... Rosa signe toujours Menpenti.
ADRIENNE
Encore une fois, ne comptez pas sur moi.
CHRISTIAN
Ah!... Eh bien, vous direz ce que vous voudrez, je m'en vais tout de même. Adieu.
ADRIENNE, qui s'énerve.
Voyons, mon cher ami, c'est très laid, ce que vous faites là! Et une faute à tous les points de vue.
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christian.
A quels points de vue?
ADRIENNE
Eh bien, on ne doit pas laisser sa femme ainsi avec des jeunes gens.
CHRISTIAN
Bah! Elle sera très contente. Adieu. (Geste de partir.)
ADRIENNE
Si on vous la prend, vous ne l'aurez pas volé,
Pas de danger. Elle est plus forte qu'eux. Adieu.
(Même jeu.)
ADRIENNE, quand Christian est près de la porte.
Christian !
CHRISTIAN, revenant un peu.
Tiens.... Comme mon nom est joli quand vous le prononcez !
ADRIENNE
Eh bien !... Christian, je vous en prie, que ce soit pour moi ! Je n'ai pas joui de vous, moi, avec tout ça.
CHRISTIAN
Mais, chère amie, vous n'aviez jamais paru si désireuse de jouir de moi! Qu'est-ce qui vous prend?
ADRIENNE, coquette.
Mais c'est que je vous aime beaucoup, beaucoup, vous savez, mon ami?
CHRISTIAN
Bah?... Enfin, ça fait toujours plaisir.
ADRIENNE
Vous restez?
CHRISTIAN, repartant.
Non, voyez-vous, je sens qu'elle m'attend.
Oh! mon Dieu, je m'étais si bien ingéniée à vous faire revenir!
CHRISTIAN, revenant tout à fait.
A me faire revenir?... Comment?... Ah çà! est-ce que Gertrude,... ce serait vous?
ADRIENNE, avec un effort apparent.
Eh bien, oui, là, c'est moi.
CHRISTIAN
Et vous m'avez fait revenir parce que.... (Adrienne
baisse la tête avec confusion.) Oh! ma chère petite Adrienne, est-ce possible, cela? (Elle fait signe de la tête que c'est possible.) Ah ! mais, je rcste, alors, je reste !
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ADRIEN NE, elle lui tend les mains.
Merci ! (a part.) Ah çà ! je ne sais plus où je vais, moi !
CHRISTIAN
En faveur de mon obéissance, permettez-moi de
vous embrasser! (ll essaie le geste.)
ADRIEN NE, effrayée.
Oh! ça commence déjà? Voyons, mon ami, on peut entrer!
CHRISTIAN
Si on ne s'embrassait jamais quand on est deux, sous prétexte qu'un troisième peut entrer, alors, soyons justes, quand s'embrasserait-on?
Vous me faites de la peine pour mademoiselle Rosa. Vous êtes vilains, les hommes, dès que pointe l'aurore d'une femme nouvelle, l'adorée en fonctions ne compte plus.
CHRISTIAN
Si vous me dites des choses pénibles, je vais rejoindre le colonel.
ADRIENNE
Oh! mon petit Christian, je vous en prie.... Tenez, quand je vous disais qu'on allait entrer! (a part.) Ouf!...