‹ Theatre d'un jourChapitre 36 sur 60 · SCÈNE IX Les MÊMES, LIVRY · texte numérisé non relu

SCÈNE IX Les MÊMES, LIVRY

Raoul, mon ami, joignez vos supplications aux nôtres. Ma nièce, sous prétexte de mari, veut nous quitter demain.

LIVRY

Elle m'a dit cela tout à l'heure. C'est un désastre pour Jeanne et pour tous..,. Mes regrets, à moi, se trouvent atténués. Je suis obligé de partir brusquement! Oh! une vraie tuile! J'avais écrit à un très bon avocat de Lyon pour cette sotte histoire d'expropriation. Et voilà qu'il me donne, par dépèche, rendez-vous demain matin! Franchement, c'est m'avertir un peu tard ! ... Du coup, je dois prendre le premier train, à minuit.... Vous m'excuserez donc, belle cousine, si je ne vous mets pas en voiture.

JEANNE, à part.

Oh ! quelle honte !

MONSIEUR MÉRIELLE.

Voilà qui est ennuyeux, mon cher ami, mais je crois très bon que vous causiez de cette affaire avec un vrai jurisconsulte. Votre voyage ne sera pas inutile, allez !

LIVRY

Il est possible que je sois retenu là-bas quelques jours. Mais je ne perdrai pas de temps.

SIMONE, à part.

Tout cela n'est pas mal, le tout pour lui est de s'y mettre. Il ment comme une femme !

Je suis désolé, ma pauvre Jeanne, désolé aussi de te quitter, Hubert.

HUBERT

Mon cher, toi parti, je te suivrai de très près.

MÉRIELLE.

Ah! mais non, par exemple! Je ne veux pas que tout le monde s'en aille ! Vous me ferez le plaisir, mon cher Ferney, d'attendre ici le retour de votre ami.

JEANNE, à Hubert.

Je vous le demande absolument.

Hubert s'incline.

LIVRY

Tu es prisonnier.

HUBERT, à part.

Après tout, cela peut devenir très agréable.

SIMONE

Vous me permettez de me retirer, n'est-ce pas? je suis vraiment fatiguée.... (.\ax uns et aux autres.) Bonsoir.... Bonsoir.... (a Livry.) A vous, c'est un adieu, mon cousin! Allons, merci de votre hospitalité, et bon voyage !

MONSIEUR MÉRIELLE.

Ne partez pas demain, Simone, restez avec nous ! Une bonne brave maison, bien paisible, bien hon-

nête, où tout le monde, famille et amis, s'aime sans arrière-pensée, où les murs n'ont jamais entendu une intrigue, est-ce que cela n'a pas un peu de charme, voyons?

SIMONE

J'apprécie fort ce charme-là, et je suis très fâchée d'y renoncer, croyez-le !

MONSIEUR MÉRIELLE.

Bonsoir, méchante, et que la nuit vous conseille mieux!

SIMONE

Bonsoir! (Allant à Jeanne.) Jeanne, tu as l'air tout chose, tu n'es pas souffrante?

JEANNE, glaciale.

Ce doit être le chagrin de ton départ. SIMONE, de même.

Il faut se faire une raison.

Elle sort.

Page 1