‹ Theatre d'un jourChapitre 44 sur 60 · SCÈNE VIII HUBERT, JEANNE · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII HUBERT, JEANNE

JEANNE

Vous avez eu tort de tourmenter madame Horbault, que vous a-t-elle fait?

HUBERT

Rien. Elle me plaît beaucoup. Elle m'amuse surtout. Mais elle est arrivée mal à propos.

JEANNE

C'est une mauvaise langue. Dieu sait ce qu'elle va

raconter de nous! Quoa l'a fait attendre un quart d'heure dans l'antichambre, et caetera et csetera.

HUBERT

Vous êtes au-dessus de cela.

JEANNE

Je m'étonne qu'avec votre expérience vous soyez si maladroit.

HUBERT

Hum....

JEANNE

Et si imprudent! Ainsi il est inouï que vous ayez osé, cette nuit, venir à ma porte!

HUBERT

C'était risqué, j'en conviens. Mais, Jeanne, songez que depuis trois jours mes lèvres n'avaient pas effleuré le bout de vos doigts!

JEANNE

Je suis sûre que, pendant que nous parlions dans ma chambre, on a marché dans le corridor.

HUBERT

Chimère! C'était le battement du sang à vos tempes, mon amie.

JEANNE

J'en suis sûre, je vous dis. Je suis encore effrayée

de cette audace... et un peu révoltée aussi. De quel droit veniez-vous ainsi chez moi, sans mon aveu?

HUBERT

Vous allez encore me gronder! Mon Dieu, je m'en accuse, j'avais cru cela assez naturel.

JEANNE

Oui, vous pensiez qu'ayant été reçu une fois, vous étiez maintenant dans ma chambre comme chez vous.... Parce que j'ai commis une action mauvaise, il s'ensuit, n'est-ce pas, que je dois me tenir toujours à votre disposition?

HUBERT

Mon Dieu, d'une façon absolue, non, évidemment. Et cependant, vous m'appartenez bien un peu, ma chérie! Rien ne fera, et c'est la joie de ma pensée, que vous ne soyez pas à moi !

JEANNE

A vous! A vous qui êtes un passant, que je ne connaissais pas il y a deux semaines! Et cela est possible! et cela est réel!

HUBERT

Et cela est bon, Jeanne, et cela n'est point tragique! Il veut l'attirer à lui, elle se raidit, puis :

JEANNE

C'est bien, puisque je ne suis plus ma maîtresse,

puisque je suis une femme perdue qui n'a pas le droit de se refuser, faites de moi ce que vous voudrez!

HUBERT, la laissant aller.

C'est-à-dire : Me voici, bourreau, achève-moi!

JEANNE

Hubert, mon ami, pardon!... je suis une malheureuse, digne de pitié, je vous assure!

HUBERT

Désirez-vous que je vous laisse seule?

JEANNE

Non. Je tremble quand vous êtes auprès de moi, mais je souffre dès que vous n'y êtes plus.... Mon pauvre ami, je n'ose même pas vous dire, maintenant, que je vous aime î

HUBERT

Voilà qui est à peu près dit, Jeanne, et j'avais besoin de cela.

JEANNE

M'aimez-vous encore, vous, à présent que je ne suis plus moi, mais une maîtresse comme une autre?

HUBERT

Non, pas comme une autre!...

226 THÉÂTRE D'UN JOUH.

JEANNE

Sans doute.... Vous n'en avez jamais eu d'aussi triste, n'est-ce pas ?

Jamais d'aussi chère, Jeanne.

JEANNE

Est-ce que vous me proposeriez encore de m'enlever?

HUBERT

Mais certainement.

JEANNE

Cela n'est pas bien dit.... Vous y avez mis plus de chaleur, la première fois.

HUBERT

Allons donc, par exemple! Je serais enchanté! Quand partons-nous?

JEANNE

Je ne vous jouerai pas ce tour.... Vous êtes sûr, Hubert, que personne ne saura ce qui s'est passé?

HUBERT

Mais oui, tout à fait sûr.

JEANNE

Comme je vous tourmente!... Tenez, laissez-moi seule, je n'en peux plus.

HUBERT

Allons, calmez-vous, mon amie, et surtout n'ayez pas peur de moi! Je ne veux plus rien, « rien », vous me comprenez bien, que votre paix et votre bonheur!...

JEANNE

C'est ça, vous ne m'aimez plus. (Elle tombe assise et pleure.)

HCBERT.

Mais si, mon Dieu, mais si! (il lui baise les cheveux, a part, en sortant :) Elle me rendra fou !

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