SCÈNE VIII Les Mêmes, BLANCHE, NOIRETERRE
BLANCHE
Que désirais-tu me dire, Brigitte?
BRIGITTE
Ceci : je pars demain matin, je pars seule, et il ne me rejoindra jamais, comprends-tu?
BLANCHE
Non, je ne comprends pas.
Je ne le reverrai plus.... Et toi, chère belle âme que tu es, sais-tu ce que tu vas faire? Tu vas lui pardonner.
BLANCHE
Je lui ai déjà pardonné.
BRIGITTE
Dans ton cœur, oui! mais il s'agit de lui pardonner dans ta maison!... Il ne veut pas te quitter, ainsi tu ne peux pas faire autrement!
BLANCHE
C'est donc pitié de sa part, puisque sa joie, il l'a dit et je l'ai entendu, serait de vivre avec toi! Je n'accepte pas le sacrifice.
BRIGITTE
Hélas, Blanche, le sacrifice eût été de partir en ma compagnie.... L'aveu est pénible, mais il avait l'air d'un chien qu'on fouette! 11 ne songeait qu'au chagrin de te perdre et non pas au bonheur de me gagner. Je te dis la vérité, celle qui doit te décider, il ne peut vivre heureux qu'auprès de toi....
BLANCHE
Tu crois? (Après un temps.) Est-ce vrai, cela, Marcel .'
MARCEL hésite, puis va à Blanche.
C'est vrai, je ne peux vivre heureux qu'auprès de toi.
BRIGITTE, à Noireterre.
Ça y est, il l'a dit!... Le lâche animal qu'est l'homme!
NOIRETERRE, à Brigitte.
Ceci prouve simplement qu'il y a plusieurs manières d'être heureux.
BLANCHE, attendrie.
Ce pauvre Marcel! J'ai peur qu'il ne sache plus bien qui il aime!... Allons, je ne demande pas mieux, moi, au fond, vous savez.... Je pardonne tout... sans bien même connaître ce que j'ai à pardonner.
NOIRETEBRE.
Oh! très peu de chose, allez! Une folie du cerveau, et beaucoup de conversation. Je connais bien leur petite histoire, je vous jure que c'est tout!... (a part.) Je ne pense pas un mot de ce que je dis là.
BLANCHE
Je vous crois, mon ami.... Marcel, ce mauvais rêve est fini. Jamais je ne te reparlerai de tout cela.
MARCEL, presque gaiement, l'embrassant.
Toi, tu es trop bonne, c'est ce qui porte à abuser.