ACTE PREMIER
GRANDE T
Vous daignez me pardonner, madame, d'avoir insisté pour obtenir l'honneur de vous voir?
LA DUCHESSE
L'ami de M. de Jumilly est toujours sûr d'iHrc reçu avec plaisir.
GRANDET
C'est à. ce titre que je me présente cliez vous, madame, et c'est de lui que je viens vous parler.
LA DICHESSE.
Comment! monsieur, scrait-il arrivé quelque accident au général?
GRANDET
Pas encore, madame, mais ça ne tardera pas.
LA DUCHESSE
Que voulez-vous dire?
GRANDET
Après deux mois d'absence, il est de retour...
LA DUCHESSE
Eh bien, monsieur?
Et il va vous revoir.
LA DUCHESSE
Savez-vous que cela pourrait passer pour une impertinence?
GRANDET
Ce n'est pas mon intention, madame.
LA DUCHESSE
Veuillez donc vous expliquer.
GRANDET
C'est ce que je vais faire, puisque vous le permettez ; mais je vous prierai d'avance d'excuser ce que mes expressions pourraient avoir d'inusité dans vos salons : je fréquente peu le fauboui-g Saint-Germain.
LA DUCHESSE
Je m'en suis aperçue.
GRANDET
Merci, madame!... Je commence : il y a quinze ans...
LA DUCHESSE
Pardon, monsieur!... 11 me semble que vous remontez un peu haut.
GRANDET
C'est vrai, madame; mais j'arriverai!... Pour ciue vous compreniez bien ma démarche, il est indispensable que vous connaissiez l'origine et la nature de mes relations avec Jumilly... 11 y a quinze ans donc, il sortit de l'École polytechnique, et moi je quittai l'École de médecine : nous avions été élevés cnsenible, nous ne nous séparilmes point. Nous entrâmes tous deux au 3*^^ régiment d'artillerie légère; lui en qualité de souslieutcnaut, moi comme chirurgien aide-major : les coups de canon de mon ami l'ont fait arriver au grade de li(;utenant général, mes coups de lancette m'ont fait nonmier chirurgien en chef,