AUGUSTA, CAMILLE
CAMILLK, seule, en jupon, et en train de s'habiller. Que c'est en iiui'eux de s'habiller toute seule... làl... voilà mon lacet parti! (Se retournant, et regardant par la fenêtre.) Ah ! mon Dieu ! ce petit monsieur à sa fenêtre... toujours là!... il me salue. (Elle croise ses bras sur sa poitri ; ■ en saluant.) Monsieur, j'ai bien l'honneur... Il est gentil! Allons, en voilà un autre qui se met à sti lucarne. Ah! l'horreur !... par exemple, si je veux qu'il me refçarde, celui-là!... (Elle prend \m chàle et l'attache en guise de rideau.) J'en suis bien fâchée pour le petit. AUGUSTA, entrant pendant qu'elle est montée sur une chaise.
Camille! Camille! Eh bien? est-ce qu'il n'y a personne ici ?
CAMILLE, descendant.
Si fait... Bonjour, Augusta. Tu arrives à propos... agrafe-moi donc ma robe.
AUGUST,\
Tiens ! qu'est-ce que tu faisais là?
CAMILLE
Je tirais le rideau; il y a en face des gens qui, sous prétexte qu'ils sont plus élevés que moi... ont toujours les yeux sur ce qui ne les regarde pas.
AUGUSTA
Ça te contrarie ?
CAMILLE
Certainement, quand ils sont laids. Et il y en a un...
AUGUSTA, ôtant le chàle.
Voyons... Le grand... je sais, il m'envoie aussi des douceurs... Un garçon apothicaire.
CAMILLE
Vrai !
Air de Sommeiller encor, ma chère Les sentiments d'apothicaire Ne me tentent pas, j'en convien, Et pourtant, j'en ai vu, ma chère, Qui devaient aimer assez bien.
Mais, avec eux, j'ai des scrupules.
Cet état-là me fait trembler.
Bt leurs amours sont des pilules Que je ne peux pas avaler!
i:t l'autre, sais-tu ce que c'est? \on... Il a un petit air éveillé... j'aime mieux ça...
AUGUSTA, l'aidant.
Là! c'est fini... et je m'asseois, car je ne puis plus me tenir sur mes jambes...
CAMILLE
Est-ce que tu as couru ce matin?
AUGUSTA
Il y a deux heures que je fais des battements et des pirouettes, car, tu ne sais pas... je débute la semaine prochaine dans le Dieu et la Bayadère... M. Véron me l'a promis... je n'ai pas dormi de la nuit... Quand je pense que je vais paraître devant ces messieurs de l'orchestre, qui ont le coup d'œil si difficile ! Heureusement, j'ai le cou-de-pied délicieux. (Elle se met à danser.)
CAMILLE
Tu as beau dire, c'est un état que je n'aime pas... se démancher le corps devant tant de monde...
AUGUSTA
C'est là qu'est l'avantage.
CAMILLE
J'aime mieux danser à la Chaumière... avec quelqu'un tout seul.
AUGUSTA
Là! encore! M.Alfred, peut-être.. .il faut avouer que tu as des attaches bien singulières. Un garçon qui avait mauvais genre...
CAMILLE
Oh ! tu dis ca parce qu'il n'avait pas un tilbury.
Tiens! un tilbury... c'est aimable... et, si tu voulais, je connais quelqu'un qui ne demanderait pas mieux que de feu donner un... il te trouve si gentille! M. Godureau.
CAMILLE
Ce gros pataud! il a l'air bôto!
AUGUSTA
Il roule sur l'or, ma chère... c'est le neveu d'uu marchand de comestibles.
KRKTILLON.