‹ Théâtre de Alexis de Comberousse, précédé d'une noticeChapitre 136 sur 764 · CAM 11,1. K · texte numérisé non relu

CAM 11,1. K

Dion ! moi qui aime tant les tilndtis triillVes!

AUf. USTA.

Et le vin de Champagne donc ! A propos de ça. je viens te demander à d(''jcuner, et j'apporte mon plat... nn fromage de Nenchâtel qui est délicieux ! (Elle \e lire de son piinier.)

Ça se trouve bien... j"en ai un 1;\ qtii est tout frais.

ADGISTA.

Oi fait deux plats... Mais est-ce que M. Godureau ne t'a pas i rrit'.'

Je n'ai rien reçu.

AU G II s TA.

Il doit te faire part de ses intentions... Quelque cadeau, j'en suis sûre... il fait très-bien les choses. CAMILLE, mettant le couvert.

Ça m'est égal... je n'y tiens pas; ce que je veux, c'est un sentiment.

ALGu STA , faisant des battements.

Un sentiment... mon Dieu! Camille, tu ne pourras donc jamais avoir de l'ordre ! Tu es d'un décousu, ma chère, qui me fait trembler pour toi... Comme me dit mon excellente mère : Quand on est jeune, il faut penser à l'avenir... mettre de côté... le sentiment tout seul , ça passe et ça ne laisse rien... mais, quand il y a quelque chose avec... quinze, vin^t, quarante mille livres de rente, il en reste toujours un peu... c'est ce qui s'appelle plumer l'amour, et avec ces plumes-là, on a des rentes, un hôtel, une voiture... voilà comme on fait son chemin. Tra, la, la, la. (Elle danse.)

CAMILLK.

Oh! je sais... tu fais de l'arithmétique... Eh bien! moi, je ne peux pas... le cœur emporte la tête... je partage avec ceux qui n'ont rien... les autres partagent avec moi, j'ai des hauts et des bas... tantôt en indienne, tantôt en mousseline...

Am de Partie et revanche.

L'or, vois-tu bien, je n'y tiens guère, Je m'en passe, mais de l'amour !

Il m'en faut, il m'est nécessaire; Par malheur les amants du jour Sont perfides, pleins de détour ; Ils nous trahissent; il me semble Que c'est tous les jours plus commun.

Et j'en aime plusieurs ensemble l'our qu'il m'en reste toujours un '■

Oh ! tu ne comprends pas ça, toi !

AUG13STA

Si fait! si fait! et tiens, il vient quelquefois ici un militaire qui a fini son temps...

CAMILLE

Marengo...

AUGUSTA

Eh bien, ma chère, il me plaît... il me plaît beaucoup... j'y pensais encore ce matin, en répé-

tant min\ i^s de deux toute seule, mais il ne me ferait pas faire des bêtises... oh! bon oui...

CAM ILLE

Tu te possèdes, toi... tu es bien heureuse. (Un liiUiM jpt('' par la fenêtre tombe sur la scène.)

AUGUSTA

Tiens, qu'est-ce qu'on jette là? un billet, c'est pour toi.

CAM ILLK.

Ça vient d'en face, pourvu que ce soit du petit. Voyons... (Elle l'ouvre et lit.) « Tant pis, mam'zelle «je ne sais pas qui... mais c'est égal... je vous « aime, je n'y tiens plus. . ça m'étouffe ! je vous « l'écris, et je vas chercher la réponse...» (S'inter rompant.) Ah! mon Dieu! il va venir.

AUGUSTA

Eh bien, comme il y va !

CAMILLE, lisant.

« Je porte avec moi mon déjeuner, que je voua « offre comme un à-compte sur les sentiments <i d'estime que je vous voue pour tout le temps de « votre existence et de la mienne. » (S'inteirompant.) Il écrit bien. (Lisant.) « Ludovic » Oh! le joli nom! je n'en ai pas encore rencontié comin celui-là.

AUGUSTA

Est-ce que tu vas le recevoir, ma chère?

CAMILLE

Ji' n'ai jamais refusé à déjeuner à personne.

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