SCÈNE III
Les Mêmes, MARENGO, en habit bourgeois.
MARENGO, entrant.
Bonjour tout le monde... boa appétit!...
AUGUSTA
Ah ! M. Marengo !
MARENGO
Je vous dérange, peut-être?
CAMILLE
Du tout! du tout ! Encore une visite; il parait que je suis dans mon jour de réception. MARENGO, entre ses dents.
Encore un olibrius !
LUDOVIC
Qu'est-ce que c'est que ce monsieur?
CAMILLE
Un de mes amis, M. Marengo, un brave solda' qui a fini son temps.
LUDOVIC
Il est bien heureux !
AUGUSTA
Approchez, monsieur Marengo; les vieilles connaissances ne gênent jamais !
CAMILLE
Avez-vous déjeuné?
HAHENGO.
Non, je n'ai plus faim.
CAMILLE
Ah! mon Dieu! est-ce que vous Ctes malade?
MARENCO.
Au contraire, je crève de santé ; mais il est des temps où l'estomac ne fait pas ses fonctions.
ALGUSTA.
Allons, allons, mettez-vous là, je vas vous servir.
LUDOVIC
Voulez-vous du fromage?
CAMILLE
Asseyez-vous donc.
MARENGO, s'asseyant.
.Merci! mademoiselle Frétillon.
LU DO vie.
Hciu? comment vous appelle-t-il ?
MARENGO
Mademoiselle Frétillon. (A part.) Qu'est-ce qu'il a donc, ce pékin-là !
Frétillon ! est-ce que c'est votre nom de famille ou votre nom de baptême?
CAMILLE
Non, c'est un petit nom d'amitié que son régiment m'avait donné.
LU DOVTC.
Tiens! est-ce que vous avez servi?
CAMILLE
Eh non! est-il bête! c'est quand je demeurais en face de la caserne ; c'était à qui serait de faction à la porte, pour me voir plus longtemps à ma croisée; je ne sortais pas de fois qu'on ne me portât les armes ; et la musique, en rentrant à la tête du régiment, ne manquait jamais de me régaler de sa plus jolie fanfare; il n'y avait pas jusqu'à ces imbéciles de tambours qui battaieut aux champs à nie fendre la tête !
AiB du Carnaval.
Lors, Frétillon fut le nom de baptême Dont au quartier gaîmcnt on m'appela; Et Marengo, eet autre nom que j'aime, Comme le mien, date de ce temps-là.
A ces deux noms d'amour et de victoire Dans la caserne on devait s'attendrir; Car, si le sien rappelait une gloire, Lo mien, toujours, rappelait un plaisir.
MARENGO, la bouche pleine.
Vous étiez si gentille! si bonne! souriant atout le monde.
LUDOVIC
Pour un estomac qui ne fait pas ses fonctions, il a une mâchoire qui ne travaille pas trop mal, le soldat.
ALGUSTA.
Buvez donc un coup, monsieur Marengo.
Merci ! il est des temps où le gosier n'est pas avide d'être humecté.
LUDOVIC
C'est ça, comme l'estomac tout à l'heure; farceur de soldat, va!
CAMILLE
Ail ! c'est égal, vous ne refuserez pas de boire à ma santé.
MARENGO, tendant son verre.
Ceci équivaut au commandement de porter armes ! pour vousobéir, purement et simplement... (Après avoir bu.) Et derechef. (Il tend son verre.)
AUGUSTA
Décidément 1 monsieur Marengo, vous avez pris votre retraite?
MARENGO
J'ai fait mon temps, et comme mon sabre se rouillait dans lo fourreau, j'ai fait demi-tour à droite, et je suis rentré dans la vie civilisée.
CAMILLE
Et vous avez bien fait. (Marengo se sert encore à
boire.)
Vous serviez dans les pompiers?...
MARENGO, après avoir bu.
Troisième de ligne... grenadier... mais il y a un autre régiment où c' que je voudrais servir sous le commandement d'un aimable capitaine.
LUDOVIC
C'est comme moi... et ça me fait penser que monsieur le maire attend l'honneur de ma visite... Dieu ! que c'est vexant! (Il se lève.)
CAMILLE, se levant aussi.
Moi, j'ai de l'ouvrage à reporter... Je vous laisse avec Augusta... (Bas à Augusta.) Dis donc, il va te faire sa déclaration. (Haut.) Voulez-vous me donner votre bras, monsieur Ludovic ?
LUDOVIC
Avec ravissement, mademoiselle... mademoiselle Frétillon.
CAMILLE
Eh bien, va pour Frétillon !... Adieu , monsieur Marengo... je reviens bientôt.
LUDOVIC et CAMILLE.
Air des Gascons.
Est-il heureux qu'on l' laisse ainsi ?
Avec un' belle
Demoiselle!
Est-il heureux qu'on 1' laisse ainsi, Ilein ! quelle campagne pour lui !
Ça m'est bien égal !
C'est dommage !
Laissez donc!... c'est comm' l'appétit, 11 n'en avait pas, il l'a dit...
Mais il no rost' plus d' fromage !
(Us rient.) ENSEMBLE.