I.UDOVIC
Voilà ma pension flambée. 11 vient ! Je me cache !... (Il ouvre l'armoire à gauche.)
CAMILLE
C'est une armoire à porte-manteau. Tu vas étouffer!
LUDOVIC
Bah! qu'est-ce que ça fait... J'y suis. CAMILLE, refermant la porte.
Ah ! il était temps.
SCÈxNE II.
CAMILLE, GODUREAU, LUDOVIC caché.
GODLKEAU, en riant.
Ali ! ah ! ah ! me voilà... c'est aimaljle , n'est-ce pas ?
LUDOVIC, dans l'armoire.
Et de deux...
CAMI LLE.
Je vous croyais sur la route de Rouen.
GODUREAU.
Et je n'y suis pas... Ah! ah! ah!... pour une bonne raison; ce pauvre ami, que j'allais voir pour affaires...
CAMILLE
M. Dourvillc...
Eh bien ! il est mort !... c'est drôle!... Ah ! ah ! ail! Nous avions rendez-vous pour le soir; il ne pouvait peut-être pas attendre... Ah! ah! ah!...
CAMILLE, à part.
Il me paraît encore plus béte, depuis ((ue j'ai revu l'autre.
Ca me fait de la peine, vrai !... c'était un ami! aussi, je me suis dit : Au diable 1rs affaires! il faut que j'organise pour ce soir avec Camille un petit souper gentil et amusant.
CAMILLE, inqnièto.
Aujourd'hui!... ça se trouve bien !
GODUREAU.
N'est-ce lias ! f Riant. ^ Ah! ah! ah !
LUDOVIC, qui a entr'ouvert la porte.
Ah! ah! ah!
CAMILLE, vivement.
Et ce souper...
GODUREAU.
En avant, j'ai couru chez les amis, tu sais, ces jeunes gens, comme moi, si aimables, si spirituels... qui m'aiment tant, et à qui je prête de l'argent... ils viendront tous... Nous chanterons, nous rirons, nous boirons.
CAMILLE, à part.
Ah! mon Dieu ! et Ludovic, et M. de Céran qui doit venir!
GODUREAU.
Tiens... qu'est-ce que tu as?
CAMILLE
Rien, rien !... mais ce souper me contrarie... j'ai un mal de tête affreux.
C'est égal, tu en seras; il n'y a pas de fête sans toi... A quoi servirait d'avoir une maîtresse bien jolie et bien folle, si ce n'était pour s'en faire honneur devant ses amis et connaissances ?
CAMILLE
Comme c'est galant !
GODUREAU.
ÎN'est-ce pas?... Ah! ah! ah!
LUDOVIC, riant aussi.
Ah! ah! ah!
CAMILLE, effrayée.
Ah! ah! ah!...
GODUREAU.
Ah ! voilà ta gaîté qui revient, à la bonne heure ! Quant au souper, ne t'inquiète pas, j'ai tout commandé au café Anglais, un excellent café, où je dîne souvent ; c'est le rendez-vous de tous les gens d'esprit. Hier encore, je m'y trouvais près d'un journaliste -, un grand homme, qui m'a fait l'honneur de me passer la carte. Ah ! l'esprit! j'adore ça! l'esprit! c'est ma passion!
CAMILLE, à part.
C'est une passion diablement malheureuse !
GODUREAU.
Il me reste encore une invitation à faire... plus tard... à la Bourse.
CAMILLE
Ah ! vous irez à la Bourse ?
Pour gagner de l'argent, ma chère; l'argent et l'esprit, je ue sors pas de là! (Il rit.) Ah ! ah! ah!
CAMILLE
Prenez garde de vous ruiner !
GODUREAU.
Il iry a pas de danger; je fais des affaires d'or, ma parole d'honneur! Ça vient! ça vient!... Tu me iiorlcs bonheur: aussi, je suis généreux, tu en sais biiMi quelque chose.
CA MILI. 1.
l'as pour tout le monde: il y a dans voirc fa-
lo
FRETILLON.
mille des personnes... M. Ludovic, par exemple... un bon enfant...
r, onrn ka t;.
Oui, un Ixm tMifaiit , «lui m'a crevé l'œil, ft malgré ça, j'ai obtenir, ])()ur lui, de mon oncle, une pension dont j'ai là le premier terme,
CAMILLE
Il se pourrait !
GODUnEAU.
Mais il ne l'aura pas, il a tenu des propos sur moi; il dit partout qu'il me fera...
Quoi donc ?
CODUREAi;.
Je suis sûr qu'il ment. Mais c'est égal... il n'aura rien !
LUDOVIC, qui entr'oiivre la portfi.
Ladre, va !