SCÈNE I CAMILLE, puis LUDOVIC
CAMILLE, entrant par la droite , une lettre à la main. Encore une lettre du comte de Céran... pauvre jeune homme... il n'y a pas à dire, il m'aime véritablement, c'est sur! cette idée qu'il a été se mettre dans la tète, lui si riche, si joli garçon !... à qui toutes les femmes font des avances... Eh
bien ! non, il ne pense qu'à moi... il ne veut que moi, il s'ennuie de faire sa cour dans le grand monde.
AïK : J'ai vu le Parnasse des dames.
Parmi les dames à la mode , L'usago est do perdns du temps, Pour moi, co n'est pas ma métliode, J'ai des principes différents :
KMKÏILLON.
Pourquoi si longtemps lairo atlendre Ce qu'un jour on accordera?
Puisqu'on doit finir par se rendre, Il v.iut mieux commencer par là!
Ah ! ce n'est pas lui qui se conduirait comme M. Ludovic! l'ingrat, il m'a oubliée!
Ll DOVIC, dans le fond, à la cantonade. Voulez-vous bien me laisser tranquille... l'as un mot, ou je vous fais chasser...
CAMILLE, se retournant.
Ludovic!... enfin c'est lui!... mais comment osez-vous vous présenter ici, cliez moi?...
C'est que je ne peux plus y tenir... c'est que je suis rongé d'amour et de jalousie... quand je songe au bonheur de ce Godurcau !
CAMILLE
C'est ça!... faites-moi des reproches, il valait peut-être mieux vous laisser partir!
LUDOVIC
Ah ! les maudits billets !
CAM ILLE
J'avais accepté... fallait bien tenir compte...
LUDOVIC
Pauvre Camille!.'., j'ai eu tort de te bouder... mais ça n'a pas duré longtemps!... voilà quinze jours que je rôde autour d'ici, que je passe devant tes fenêtres... Enfin, j'ai su que mon cousin était parti pour Rouen, et je me suis dit : Vite, c'est le moment... chez ma cousine... car tu es ma cousine, ou c'est tout comme, de la main gauche.
CAMILLE
Et je ne la serai pas longtemps... décidément, Godureau est trop bétc !... et sans son tilbury qui est assez commode, et sa table dont je fais part à mes amis...
LUDOVIC
A tes amis... ah bien! fais-moi donc faire un joli dîner aujourd'hui... mais, pas de fromage... (Ils rient.) Ah ! ah ! ah ! ainsi, tu as du moins pour te consoler toutes les jouissances de la vie...
CAMILLE
Il faut bien se rattraper un peu, et pourtant je ne serais plus ici, si je ne m'étais pas mis dans la tôte de te faire faire une pension par ta famille.
LUDOVIC
Comment! tu aurais pensé... es-tu aimable donc!... Ah! va... que mon oncle me fasse seulement l'amitié de me laisser sa succession... je te rendrai ça, et avec les intérêts.... les feronsnous danser, les écus!... A propos, sais-tu comment il se porte, mon respectable oncle?
CAMILLE
On dit qu'il ne va pas bien.
LUDOVIC
Tant mieux!... c'est-à-dire, non... tant pis!... mais tâche donc que ma pension ne tombe pas dans l'eau, hein?... vois-tu, je suis pressé qu'elle vienne, et mon propriétaire aussi... et mon restau-
rateur aussi, et mon estaminet aussi, et mon tailleur idem, et une foule de gens ennuyeux que j'envoie à tous les diables, et qui ne veulent pas \ aller... Quand recevrai-je le premier quartier?
CAMI LLE.
Nous verrons à son retour... pourvu qu'il nr sache pas que tu es venu ici... Dieu ! avec les idées qu'il a...
LUDOVIC
II a des idées, mon cousin Godureau...
CAMILLE
Oui, par extraordinaire... et des idées de jalousie, encore!...
LUDOVIC
\rai!... il est jaloux!... c'est stupide à lui!... mais, j'y pense... ça ne peut pas être de moi... il y en a donc un autre?...
CAMILLE
Non , mais quand cela serait... Nous recevons ici M. le comte de Céran, un charmant jeune homme, bien tendre, bien aimable et bien pressant !... car les hommes!...
LUDOVIC, stupéfait.
Eh bien !... est-elle franche!
CAMILLE
Dame!... je croyais que vous m'aviez oubliée, et demain peut-être vous seriez arrivé trop tard!
LUDOVIC
Oui, mais je suis arrivé aujourd'hui, et alors, attention!... pas de plaisanterie!...
Oh! moi, je n'ai jamais trompé personne... je t'aime, touche là!... tu me déplais, bonsoir!... voilà mes principes !
LUDOVIC
Honnête fille!... Alors, dis donc, comme tu as dû t'ennuyer avec mon cousin Godureau !
CAMILLE
Je crois bien... un homme qui ne vient s'asseoir auprès de moi que pour digérer son argent et boire du Champagne !
LUDOVIC
Du Champagne!... près de toi, quelle âme ignoble!... Dis donc, est-il bon, votre Champagne?
CAMILLE
Excellent !
LUDOVIC
Veux-tu m'en faire donner, seulement... pour voir. (Il sonne.) Tu permets?...
CAMILLE
Il est temps !
LUDOVIC, à la bonne qui paraît à droite. Du Champagne, petite... et deux verres... (Elle sort.)
CAMILLE
AïK du Cliarlalanisme.
Vraiment tu ne te gênes pas !
Y penses-tu, ma chère amie?
Se gène-t-on en pareil cas ,
ACTF. DKLMEME.
Entre parents, quelle folie !
Pour lui faire honneur me voilà !
Il faut que la parenté brille, Et tout ici m'appartiendra,
(L'embrassant.) Son vin, sa table... et cetera.
Ça ne sort pas de la famille !
(On entend parler et rire an dehors.)
CAMILLE
Ou'est-ce que j'entends là!... quelqu'un qui entre... Ciel ! c'est Godureau!
LIDOVIC.
Mon cousin ! il est à Rouen.
CAMILLE
Il paraît qu? non; Dieu! s"il te voit... avec sa jalousie...