‹ Théâtre de Alexis de Comberousse, précédé d'une noticeChapitre 201 sur 764 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

Les MÊMES, M. DE CÉRAN, LUDOVIC, LES Jeunes Gens.

TOUS, entrant.

Voilà les billets!...

AUGUSTA, voyant Ludovic qui entre par la ganeliR

eu chantant.

Tiens, Ludovic aussi...

CAMILLE

Ludovic !

M. DE CÉRAN

11 en sera!

Comment, j'en serai, et de quoi?

CAMILLE

Du tout! monsieur Ludovic se marie, et il est trop honnête homme pour manquer à ses serments.

LUDOVIC

Comme tu dis cela... quand j'accours te remercier de ce que tu viens de faire pour moi. (Aux autres.) Vous savez bien, cet obstacle à mon mariage... ce maudit billet qui pouvait tout perdre. TOUS, l'entourant.

Eh bien?

LUDOVIC

Elle l'a retiré pour m'empôclier d'être poursuivi.

CAMILLE, sévèrement.

Et qui vous dit, monsieur, qu'on ne veuille pas vous poursuivre?

L u D 0 V I C, déconcerté.

Ali!

CAMILLE

Allons! vos billets...

M. DE CERA\

Oui, vos billets.

CAMILLE

Donnez-les tous. (Passant à Marengo.) Et le vôtre?

WARENGO, bas.

Je ne mets pas à la loterie.

LUDOVIC, remontant, aux jeunes gens.

Qu'est-ce que c'est? une loterie?

CAMILLE, basa Godureau en lui remettant les billets qu'on vient de lui donner.

Eaites-les disparaître... avalez-les.

GODUREAU.

Encore une idée, et c'est la plus drôle ! (Pendant que la scène continue il avale les billets.)

M. DE CÉRAN

Un chapeau!

MARENGO, se levant.

Je m'en vas.

CAMILLE, retenant Marengo.

Lo schako du soldat.

GODUREAU.

C'est ça! secouez bien les billets!

M. DE CÉRAN

Qui est-ce qui va tirer?

GODUREAU, la bouche pleine.

Le plus innocent de la compagnie... la danseuse.

M. DE CÉRAN

MademoiseUe Augusta!

AUGUSTA

Méchant !

CAMILLE

Non, non, une personne qui n'y ait aucun intérêt... monsieur Ludovic.

TOUS

Ah! oui... Ludovic... Ludovic!...

LUDOVIC

Tirer un billet... très-volontiers!... (A part.) Si c'était mon billet à ordre...

MARENGO, à part.

Quelle indignité! l'épreuve m'a joliment réussi!

LUDOVIC, tirant un billet.

Voilà!

TOUS

Voyons!...

CAMILLE

Un instant!... Et d'abord... il faut faire disparaître ces autres bulletins... (A Godureau, bas.) Avalez-les...

GODUREAU, à Camille.

Merci ! j'en ai assez... les autres sont encore là. (Haut.) Je les brûle ! Jl les jette dans la cheminée.)

TOUS

Le billet! le billet!...

AUGUSTA, passant et prenant le billet.

Silence!... je vais l'ouvrir... [Elle le déroule et lit.) « Marengo! »

MARE.NGO

Moi!...

\r:Ti: cinolieme.

Mureiigi)!

r, o D L R E A i , à gauche d'Augiisla. Du tout! du tout!... c'est Goduivau... lisez bien...

M. DE CKRAN, prenant \c papier.

C"est bien Marengo... il a gagné.

LUDOVIC

Bah!... mon remplaçant?...

MAIIENGO.

Hein! j"ai gagné... mais je n'avais pas...

CAMILLE, s'approcliant vivement de Jlarengo. Comment! est-ce que vous refusez votre lot? GODi'REAi., qui a couru à la droite de Marengo. Youlez-vou^5 vendre votre billet?

MARENGO

Moi, millc-z-yeux!... ou ne me Tarrachera i|u"avec la vie... si mademoiselle Frétillon ne casse pas la loterie. (11 lui tend la main.)

c \ M 1 L LE , se jetant dans ses bras.

Moi! bien au contraire... je n'aurais pas mieux fait... car, de tous ceux qui sont ici, personne n"a plus d'amour et n'en mérite plus que monsieur Marengo.

GODUREAi;, à i)art.

Je suis sur qu'elle n'avait mis que des Marengo au lieu des Godureau dans le schako... (Haut.) Et moi qui ai eu la bêtise de brûler les autres billets...

CAMILLE

11 n'y en a plus qu'un seul... un seul!... et le voici... l'A Ludovic.)

Air d'Aiistippe.

Tenez, monsieur, pouvez-vous reconnaître Cebillet-Ià?

LUDOVIC

Que vois-je!... c'est le mien...

CAMILLE

Et je devrais vous poursuivre peut-être...

(.Mouvement de résignation de Ludovic.)

Rassurez-vous, car il n'en sera rien. (bis.) (Elle lui présente le billet, il le refuse du geste.) Mes mains, pour vous, de bienfaits étaient pleines; .lamais, monsieur... on le sait trop ici... Je ne fus pour rien dans vos peines...

(Déchirant le billet.) .Je ne veux pas commencer aujourd'lmi.

LIDOVIC.

Ah ! c'en est trop !... il en arrivera ce qu'il pourra!... je reviens à toi... à toi seule... et puisqu'il faut te le dire, je n'épousais l'autre que pour sa fortune; eh bien! toi, ce sera pour ton amour, ta bonté.

c Ail IL LE, souriant.

Un mariage!... merci... c'est bien à toi... le fond est toujours bon... ça me fait plaisir... mais moi, vois-tu, amour et liberté! c'est ma devise... va, sois heureux à ta manière, comme moi à la mienne. (Tendant la main à -Marengo.) Et maintenant, je remonterai gaiment à mon cinquième. (Musique jusqu'à la lin.)

MARENGO

Non, morbleu! vous êtes une brave fille... vous avez préféré le simple troupier... c'est ce que je voulais; eh bien! vous êtes ici chez vous... Grâce à mon pauvre général, qui est parti, j'ai tout racheté pour toi.

r. ont RE AU.

Oh! il la tutoie!

MARENGO, lui donnant le bras.

Et maintenant, le bonheur, l'amour, les écus... ça durera...

CAMILLE

Tant que ça pourra! (Sur les derniers mots. Camille et Marengo font un mouvement vers la gauche ; Ludovic, entraîné par les jeunes gens, se trouve avec eux et Aueusta, sur le second plan, près de la porte à droite; Godureau va les rejoindre.)

li;dovic, regardant Camille, avec regret.

C'est dommage!

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