COI, \U1>ET
Tu nie l'as dit... oui, une vieille dame issue d'uni! grande famille!... très-prude, très-sévère surtout ce qui touche à la vertu, à l'honneur de son nom... qui a une tillcule, jolie, à ce que tu m'as dit aussi... les jeunes gens trouvent toutes les femmes jolies.
JULIEN
Voir Marie tous les jours, et ne pas en devenir amoureux, c'était impossible!... que vous diraije!... je n'eus pas la force de lui cacher ce que j'éprouvais... elle en fut touchée, et partagea... bientôt un sentiment qui ne finira qu'avec notre
vie.
COLALDET, ironiquement.
Toujours!... c'est connu!... ça prouve bien qu'il ne faut jamais donner à une demoiselle qu'un homme mûr pour lui enseigner la musique.
JULIEN
Obtenir la main de Marie était l'objet de tous mes désirs, mais je n'osais y prétendre, lorsque j'appris que, comme moi, elle était sans parents, sans fortune.
COLAliDET.
Eh bien! tu l'as demandée à sa marraine?
JULIEN
Oui, mais elle a rejeté ma demande avec hauteur... m'a défendu de continuer mes leçons, et m'a menacé de me faire jeter à la porte, si je me représentais chez elle.
COLAUDET, vivement et avec feu.
A la porte!... toi, Julien!... mon enfant d'affection!... elle- ne sait donc pas, cette comtesse de Brescieux, que ton nom vaut mieux que le sien, parce que tu as du talent... parce que tu seras un artiste distingué... parce que tn seras célèi)re. (Avec exaltation, en le caressant.) Oui, mon Julien, mon enfant... je n'avais pas encore voulu te le dire, mais tu deviendras célèbre. (A lui-même, montrant Julien avec enthousiasme. ) Et c'est mon élève!... Ah! madame la comtesse! je suis d'une colère!... mais je suis content... tu faisais une sottise... c'est une affaire finie, je t'en félicite. julii:n.
Ah! mon ami! est-ce que je pourrais vivre sans Marie?
COL \UDET.
Laisse-moi donc tranquille! j'ai dit ça bien des fois... tu vois que je n'ai ici aucune espèce de Marie, et je vis très-bien.
JULIEN
C'est que vous n'aimiez pas... j'étais fou, désespéré, je voulus revoir Marie, je lui écrivis : j'obtins une entrevue... et bon gré, mal gré, car, en vérité, j'avais la tète perdue!... je l'enlevai de chez sa marraine.
COLA U l> E T.
Allons, bien... Mais je ne t'ai pas conseillé ça.
JULtEN.
Elle est, depuis ce temps, chez une de mes parentes, qui demeure ici près... Là, nous faisions tous nos pré))aratifs pour passer en Italie, où nous comptions nous marier en arrivant, lors([ue ce matin j'ai appris que j'étais épié, qu'on soupçonnait la retraite do Marie; et pour la soustraire aux recherches...
COLAUDET.
Tu viens me trouver... c'est bien, c'est gentil! te voilà dans de jolis draps.
JULIEN
J'ai pensé à vous, monsieur Colaudet, à vous, si obligeant, si bon... à qui mon père m'a recommandé en mourant... Oui, vous sauverez Marie, en la recevant ici, jusqu'à notre départ. COLAUDET, hésitant.
Certainement, mon garçon, je te remercie de cette marque... de confiance... mais tu aurais du penser que je suis célibataire, qu'on n'a pas ét('' placé pendant quinze ans dans l'orchestre dr l'Opéra, les yeux juste à la hauteur des jambes des plus jolies danseuses, sans avoir quelques... petites choses à se reprocher; non pas que jamais... mais enfin... tout cela ne m'a pas fait une réputation à recevoir une jeune fille.
JULIEN
Pour quelques jours, quelques instants... Oh ! par pitié, ne me refusez pas...
COLAUDET, avec effort.
Je ne refuse pas non plus... Tu viens à moi comme à un père, et tn me dis... je ne peux pas te refuser ça... seulement... c'est impossible. JULIEN, avec émotion et d'un ton de reproche.
Ah! monsieur Colaudet!,.. Allons... ils m'emprisonneront... Marie sera rendue à sa marraine, je serai condamné comme ravisseur, déshonoré!... Adieu tout espoir d'avenir, de bonheur... Je me tuerai.
COLAUDET, ému.
Eh bien... qu'est-ce que c'est donc que ça? te tuer!... veux-tu bien ne pas parler ainsi?
JULIEN
Je n'ai plus que ce moyen.
COLAUDET, viv(mient et avec àme.
Il est joli ! et tu as cru que je te laisserais faire? Est-ce que quelqu'un m'a jamais demandé un service sans que je l'aie rendu, si cela a dépendu de moi? et ce serait par Julien, par mon enfant, que je commencerais!... allons donc!... car, si je ne me suis pas marié... c'est un peu à cause de toi... pour ne pas diviser ma tendresse. JULIEN, lui pressant la main.
Mon ami !
COLAUDET.
Non, mon garçon, non... je suis peut-être aussi fou que toi; mais, quoi qu'il puisse arriver... va chercher ta Marie, qu'elle vienne ici, dans mes
LE VIOLON DE L'0P1^R.\
bras, sur mon cœur... et honni soit qui mal y pense! comme dit la Jarretière... Va vite... (Julien disparaît un instant par le fond.) Ah ! madame de Brescieux, je me venge... je sens que je l'aime, la pauvre enfant, comme si elle était déjà tafemme... Prends un fiacre, entends-tu?
J t L I E N , qui est allé à la porte, a amené Marie ;
la présentant à Colaiidet.
.Monsieur Colaudet, la voilà... je l'ai amenée.
COI. ALDET, à part, étonné.
Ah!.., il n'y avait pas besoin de voiture... Il parait que mon gaillard était bien sûr de son fait... C'est égal, je suis content do lui... il m'avait bien