SCÈNE
PATOUILLET, DAUBINET, eu bisel,
MADAME DAUBINET, puis MADELEINE
K MAIUE.
MADAME DAl Itl \ET.
Eli bien!... cousin !...
l'ATOt'lLLET, allant à eux eu se frottant les mains. Eh bien ! Taffaire est arrangée...
M A DAME D A l li I N E 1 .
VrainuMil!... ce cher Patouillct, il est né négociateur...
DAUBINET, appelant.
Madeleine!... mon chapeau ! (Madeleine apporte le sbako. 11 se coiffe et met son fourniment pendant la scène.)
PATOUILLET, le prenant à part.
J'en suis venu à bout!.,, et ma foi, ce n'est pas sans peine... (A mi-voix.) Dieu! quelle tête... Enfin, en lui parlant raison... en lui faisant sentir que son départ porterait un coup funeste à Isidore... je l'ai décidée à rester!... (Mouvement de satisfaction.) moyennant vingt francs de plus par mois.
DAUBINET.
Vingt... vingt francs!
M ADAM E DAUBI \ET.
Y pensez-vous, cousin, mais c'est déjà cher... horriblement cher...
PATOUILLET
Bah !... \ingt francs, qu'est-ce que c'est que ça pour vous?
DAUBIN ET.
C'est dix bon... bonnets de co... coton.
Vous les placerez ce soir au corps de garde... Vingt francs de plus, c'est convenu comme ça.
MADAM E DAUBINET.
Va pour vingt francs...
PATOUILLET
Et quelque petite bagatelle... une misère... un chàle de mérinos, par exemi>le.
M. et MADAME DAUBINET.
Encore !
PATOUILLET
Elle eu a envie... et les envies de nourrices, c'est terrible... il lui faudra son déjeuner, tous les jours à huit heures du matin...
Avant moi.
PATOUILLET
C'est l'heure à laquelle un estomac de nourrice a besoin d'être soutenu... le sien surtout, qui n'est pas très-fort.
D At Kl .MET.
Elle a un excellent co... coffre... et je ni' veux pus...
MADAME DAl BINET.
Allons, taisez-vous !... pour ce qui est du déjeuner, on fera ce qu'elle demande... Monsieur Daubinet attendra...
DAUBliVET, a\ec colère.
J"aMciidrai !...
PATOUILLET
Que voulez-vous, cousin!... c'est dans l'intérêt d'Isidore.
DA l Bl NET.
L'intérêt d'Isidore. (Appelant.) Madeleine, mon fusil...
PATOUILLET
Il ne faut jKis regarder à quekiues égards, à quelques douceurs...
DAUBINET.
Des dou... douceurs! (Montrant Marie qui entre, la boîte de pastilles à la main, et qui se dispose à en manger.) Tenez... elle en manque peut-être... des pa... pastilles.
MABIE, s'approcliant d'un air câlin.
Quoique ça ne soit pas monsieur qui me le!5"ait données, si cela peut faire plaisir h monsieur... je ne suis pas chiche, moi, au contraire!
DAUBINET, prenant des pastilles.
Merci!... elle a du bon... la uou... nourrice... (11 prend la boite.)
MARIE
Eh bien!... il garde tout...
MADELEINE, rentrant.
V'Ià le fusil de monsieur... et puis une lettre pour madame la nourrice.
MADAME DAUBIN ET.
Une lettre?...
PATOUI LLET.
Comment!... une lettre pour vous, Marie... timbrée de Saint-Malo.
MARIE
Tiens!... qu'est-ce qu'il y a donc de nouveau au pays?
PATOUILLET
Cette bêtise!... vous nous demandez cela... à nous! lisez votre lettre, vous le saurez. (U lui donne la lettre.)
DAUBINET, mangeant des pastilles à force.
C'est juste... elles ont un drôle de goût,
PATOUILLET
Elles sont excellentes pour le rhume.
MARIE, tournant sa lettre.
Oui, lisez... lisez!... c'est facile îi dire... mais avant, faut donc que j'apprenne.
DAUBINET, toujours mangeant.
C'est en... encore juste !...
PATOUILLET, prenant la lettre et l'ouvrant. > Donnez!... Et ils osent dire que l'éducation fait des progrès, une nourrice sur lieu qui ne sait pas i''peler. (Lisant.) « .Ma petite Marie. » M nuE.
C'est bii-n moi...
LES DKL'X NOLHHICES.
PATOUILLET, lisant.
« Je ne peux plus y tenir; il y a si longtemps « que ra dure... il faut que je te voie, que je te « parle de mon amour... »
TOI s.
Son amour I...
M.\r. iK.
Ce n'est pas moi...
I)ALin\ET.
Un a... amoureux...
M ARIK.
Si ça parle d"amour, ce n'est pas pour moi, (l'aliord...
l'ATOl II.I.ET.
Eh ! pour (|ni donc?
MARIE
Dame!... est-ce que je sais... pour mamzelle Madeleine, peut-être...
Par exemple, pour moi ! Apprenez, madame, que je n'ai point d'amoureux à Saint-Malo, entendez-vous...
M ADAM E DAUISINET.
Silence...
M \nEi.Ei\E, à part.
Il demeure dans cette rue, numéro onze...
MADAME DAUBINET.
Et vous, cousin... continuez, r ATOUii.i.ET, après avoir jeté nn coup d'œil sévère à Marie.
« Je profite du voyage de la commère Bertrand ti qui ramène un nourrisson à Paris, pour aller M t'embrasser comme c'est convenu. Signé : Gri- « MOiii,. » (Il s'arrête et regarde Marie. — A part.) Perfide !...
Oli! oh!...
PATOIILI.ET.
Vous le connaissez donc, ce Grimoul?
MARIE
Dame! à ce qu'il paraît, puisqu'il m'écrit! (A part.) L'imbécile!
DAUBINET.
Une nou... nourrice... ne doit connaître que son nou... nourrisson... entendez-vous?...