SCÈNE VIL Les Mêmes, LISTOU
CAROLINE, à Liston qui reste à la porte. Approchez, mon ami, ma tante veut vous demander quelques renseignements sur une personne, un jeune honmie, qui est ici depuis deux jours.
MADAME DESNELLES, à Caroline, passant entre elle et Liston.
Allons, puisqu'il faut céder à toutes vos fantaisies, je questionnerai ce garçon moi-même. (A Listou.) Vous le nommez?
USTOL.
Qui donc?
MADAME DESNELLES.
Mais apparemment celui dont on vous parle. LIST ou.
Ah ! M. Edouard Senneval, madame... un beau garçon qui va entrer à Saint-Cyr, un jeune homme bien joliment élevé... il donne toujours aux domestiques, il paye toujours quatre fois plus que ça ne vaut: oh ! il est d'une justice... CAROLINE, à Listou, passant entre madame Desnelles et Listou.
Et sans doute ce monsieur Edouard connaît beaucoup de monde ici?
LISTOU.
C'est possible , c'est môme probable, madame, oui, mais il ne voit personne et n'a d'autre distraction qu'une promenade qu'il fait tous les jours...
CAROLINE, vivement.
Et de quoi côté?
LISTOU.
Oh! de tous les côtés; ça varie, car il ne manque jamais de sortir quelques minutes après madame et de prendre toujours par le même chemin. CAROLINE, avec joie.
Ah! vous avez remarqué...
LISTOU.
C'est positif; du reste , il passe sa vie dans son appartement.
MADAME DESNELLES.
Par ordonnance du médecin?
LISTOU.
Lui ! il se porte comme un charme ; mais il déteste la société... quand je dis la société, ce n'est pas toutes les sociétés, car la mienne par exemple lui est fort agréable; depuis quelques jours qu'il est arrivé, il ne m'a pas quitté... il veut môme m'acheter à Tremesaigues une petite cabane que je n'habite plus et qui est à vendre; en attendant, il me fait gravir toutes les montagnes des environs qu'il connaît maintenant aussi bien que moi, et chemin faisant, il est si heureux de me faire causi;r...
Vraiment! et sur quoi?
Oh! sur bien dos choses; il s'informe de tous
AVIS AUX COQUETTES
ceux qui sont ici, de vous, par exemple... hier encore...
CAUoniNF:, vivement.
De moi... il est bien curieux ce monsieur Edouard. Ah ! il s'informe de moi, et comment?
LISTOU.
Comme madame le fait en ce moment... Madame n'a plus rien h me demander ?
CAROLINE
Non, mon ami, vous pouvez vous retirer.
LISTOU.
Je n'en suis pas fâché, parce que j'ai à faire... je vais apprôtcr le bagage de M. l'idouard qui va ce matin à Gripp.
CAROLINE, vivement.
Vous en êtes sur?
LISTOU.
Il me l'a dit, son intention est de partir après déjeuner.
CAROLINE, avec joie et préoccupée.
C'est bon, c'est bon, je ne vous retiens pas. LISTOU, qui a tendu la main et qui voit qu'on ne lui donne rien.
Décidément, cette petite femme- là ne me revient pas du tout, et je dirai à M. Edouard de s'en méfier. (Il sort.)