EDOUARD, CAROLINE
EDOUARD, paraissant le premier.
Entrez , entrez, madame; voici le seul abri que j'aie découvert.
CAROLINE
Où sommes-nous donc?
KDOUARD.
Dans une cabane abandonnée , qui est devenue, je crois, une espèce de rendez-vous de chasseurs.
CAROLINE
Mais c'est affreux !
ÉDOL ARD.
Je le sais bien.
CAROLINE
Et vous m'y avez conduite?
EDOUARD
Je n'avais pas le choix.
CAROLINE, à part.
Quelle tranquillité ! il est vraiment insupportable... (llaut.) Quel horrible pays !
EDOUARD
Je ne dis pas non.
CAROLINE
Au fait, il faut bien souffrir un peu, pour avoir
quelque clioscàdire do ses voyages... Oh! quand je serai de retour ta Paris, dans mon petit boudoir et auprès d'un bon feu, comme je vais en raconter!... comme je vais mentir!... c'est là le seul plaisir, après les grands dangers, et nous en avons couru d'épouvantables.
KDOU ARD.
Lesquels ?
CAROLIN E.
Mais d'abord, celui d'une fluxion de poitrine... vous surtout, qui vous êtes privé pour moi de votre manteau, ce qui ne m'a pas empêché d'avoir bien froid.
EDOUARD
Si nous pouvions faire du feu... les chasseurs dont je vous parlais ont dû laisser quelques provisions... du bois, par exemple... (Voyant les broussailles qui sont «luprès de la porte.) Tenez, voilà justement ce qu'il nous faut. (Il les met dans la cheminée, prend la chandelle qui est snr la table et y met le feu. )
CAROLINE, pendant qu'Edouard fait du feu.
Si attentif, si dévoué... et malgré cela, il ne parle pas... ces petits jeunes gens, si timides, c'est amusant; mais c'est terrible, car il ne dit rien... rien dont on puisse tirer avantage... même dans les moments de danger, qui, d'ordinaire , rendent si commuuicatif.
EDOUARD, qui vient d'allumer du feu.
Tenez, tenez, voyez-vous comme ces broussailles prennent vite, dans un instant vous aurez un feu magnifique... regardez déjà.
CAROLINE
Je vous donne une peine... combien vous êtes bon !
Pas tant, c'est pour moi, ce que j'en fais... je serais trop malheureux si cette promenade devait vous rendre malade... Allons, maintenant approchez-vous, ce bon feu va vous remettre... (Plaçant une bûche devant la chaise. ) Vous mettrez vos pieds là-dessus, ils sécheront mieux. ( Il lui prend la main pour la faire asseoir.)
CAROLINE, avec douceur.
Mais vous, monsieur, votre main est glacée; pauvre jeune homme ! il est tout tremblant! EDOUARD, appuyé sur le dos de la chaise de Caroline.
C'est de froid, madame!... (Vivement.) Mais qu'importe? je ne m'en aperçois pas, parce qu'il y a là quelque chose qui me réchauffe et me ranime, une bonne pensée qui me donne du courage, un espoir qui me soutient.
CAROLINE, vivement.
Lequel?
EDOUARD, avec hésitation.
Celui de vous défendre et de vous protéger; c'est ma seule idée.
CAROLINE, le regardant avec eipression.
Pas d'autre?