ACTE DEUXIÈME
Non, madame, et si je peux vous ramener auprès de votre tante...
CAROLINE
Ah! mon Dieu! vous avez raison, cette pauvre tante doit être d'une inquiétude, elle va s'imaginer que je suis perdue, que je suis morte... Oui, monsieur, c'est votre faute; on ne se charge pas do conduire les gens quand on ne connaît pas les chemins, et à moins vraiment que vous ne l'ayez fait exprès...
EDOUARD
Peut-être bien, je n'en voudrais pas répondre.
CAROLINE
Comment, monsieur, dans quel but, quelle intention ? je ne resterai pas un instant de plus... ÉDODARD, timidcmeEt.
Vous en êtes la maîtresse; mais vous ne pouvez partir seule, la nuit, au milieu des précipices; d'ailleurs, la pluie qui redouble vous retient près de moi, et vous pouvez rester sans crainte; je jure, par ce qu'il y a de plus sacré au monde, de vous respecter comme un frère!...
Je vous crois.
K DOUA un.
Ah! il est des gens qui ne laisseraient pas échapper une si belle occasion... qui, se trouvant ainsi seuls avec vous, la nuit, et dans un désert, oseraient vous parler d'amour ; ils en seraient capables... mais moi, je vous l'ai dit... moi qui n'ai que des idées pures et désintéressées, je suis prêt, s'il le faut, à m'éloigner de vous, et je vous promets, si vous l'exigez, de ne pas même vous adresser la parole.
CAROLINE, à part.
La belle avance.
Me craignez-vous encore?
CAROLINE
Oh! non, monsieur.
Air : Uire dans mes yeux les yeux.
Vraiment je n'y conçois rien,
Mais prenons courage ; Si timide est son maintien Qu'on ne risque rien.
Non, rien, Avec lui, je gage, Non, rien, L'on ne risque rien.
(A part.) J'ai juré que le coupable, A mes genoux tomberait.
(Haut.) Une conduite semblable.
Doit cacher quelque projet.
EDOUARD, timidement.
Peut-ôtre est-ce véritable...
Mais si c'était mon secret.
CAROLINE, le regardant.
Ah I quel regard est le sion !
Allons, du courage, Si timide est son maintien
Qu'on ne risque rien.
Avec lui je gage,
L'on ne risque rien.
(S'approchant d'Edouard.)
Co secret, peut-on l'apprendre ?
EDOUARD
Pourquoi le dirais-je ici A qui ne peut me comprendre?
CAROLINE, le regardant avec expression.
Qui vous fait parler ainsi?
EDOUARD, timidement.
Ah ! si l'on savait m'entendre!
CAROLINE
Pourquoi donc trembler ainsi ?
ENSEMBLE
EDOUARD
Ah! quel regard est le sien!
Allons, du courage!
Maintenant, je le vois bien , Je ne risque rien,
Non , rien.
Mlons, du courage,
Non , rien, Je ne risque rien.
CAROLINE
Grand Dieu ! quel trouble est le sien !
Allons, du courage , Si timide est son maintien , Qu'on ne risque rien.
Non, rien.
Avec lui je gage.
Non, rien, L'on ne risque rien.
Eh bien ! puisque vous me forcez à vous dire ce que j'avais juré de cacher, à vous et au monde entier... je vous aime.
CAROLINE, avec joie.
Ah! c'est donc là ce secret si terrible, dont vous ne vouliez pas convenir; bien plus, vous vouliez me persuader le contraire... c'était une trahison, oui, monsieur, demandez-m'en pardon... là! à genoux... (Edouard tombe à ses genoux.) Et maintenant, (D'nn air tendre et confiant.) pour tenir ma promesse, pour que, moi , vous ne puissiez jamais m'accuscr de fausseté, pour que ma franchise égale la vôtre, je vous dirai la vérité tout entière, c'est que... je ne vous aime pas. (Elle part d'un grand éclat de rire.)
EDOUARD, toujours à genoux.
Ah! vous riez... eh! bien, j'en suis fâché, madame; mais vous l'avez voulu, je vous aime, et je suis très-entêté. (Il se lève.)
CAROLINE
Comnicut, monsieur, que signifie?...
EDOUARD
Nous sommes entrés tous les deux dans une route dont nous ne pouvons plus sortir... ce n'est pas volontairement que j'y ai fait les premiers pas,
AVIS Âl)X COQUETTES.
vous m'y :ivez entraîn(5, maintenant j'y marcherai plus vite que vous.
CAnOI.IN'E.
Mais sans moi!... (Elle se dirige vers la porte.) ÉDOUAiiD, l'y devanrant et en ôtant la clef. C'est ce que nous allons voir,
Comment, monsieur?...
EDOUARD, raotlaut la clef dans sa poche. J'ai toujours vu qu'on prenait son parti des choses irrémédiables. (Au raomonl même on frappe aux deux portes.) v AN-BROOK, frappant en dehors à la porte du fond. Il y a du monde dans cette cabane, car je vois de la lumière.
CAROLINE
M. Van-Brook!
ALFRED, frappant en dehors à la porte à droite. Qui que vous soyez... ouvrez-nous!
CAROLINE
O ciel!... cette autre voix... à peine je respire...
ALFRED, en dehors.
Ou\Tez, ou j'enfonce la porte!
CAROLINE, avec désespoir.
C'ost Alfred!... c'est lui... et M. Van-Brook de l'autre côté!... (Pendant ce dialogue, Alfred et Van- Brook chantent en dehors.)
Air : Bonheur de la table.
Rien ne m'intimide, etc.
EDOUARD, qui s'est relevé et est allé s'asseoir sur la chaise à droite, à Caroline qui le supplie.
Que voulez-vous que j'y fasse?
CAROLINE, à Edouard.
Répondez, monsieur... répondez...
Et que leur dire?...
CAROLINE
Que vous fîtes seul !... qu'on n'entre pas! EDOUARD, froidement et sans remuer.
Pourquoi donc? je n'ai aucune raison de me cacher... (Au même moment, Van Brook et Alfred enfoncent les deux portes.)