EDOUARD, CAROLINE
EDOUARD
Eh bien! madame, la leçon ne s'est pas fait attendre , seulement je ne l'aurais pas crue si prompte ni si forte... voilà trois liommes qui pour vous vont s'égorger dans un instant. CAROLINE, avec effroi.
Ah!
EDOUARD
Vous en êtes désolée! je le crois bien, non pour des rivaux qui probablement vous sont fort indifférents , mais pour vous qu'un pareil éclat va perdre à jamais...
CAROLINE
Et voilà qui est indigne, car mieux que personne vous saviez que j'en aimais un autre et que jo. ne suis point coupable!
ÉDOCARD.
Vous en aimiez un autre! mais c'est bien pire encore!... vous en aimiez un autre! et vos regards, vos paroles ont sollicité mon amour... vous lui avez été infidèle de cœur et de pensée... et vous croyez n'être pas coupable !
CAROLINE
Monsieur...
EDOUARD
Vous l'avez été... vous avez été perfide et cruelle envers moi qui vous avais épaignée, envers moi qui avais été généreux et veux l'être plus encore...
CAROLINE
Que dites-vous?
EDOUARD
Votre honneur coinprumis, votre réputation, je puis tout vous rendre d'un seul mot.
CAROLINE, se levant.
Après un éclat pareil... un duel.
lÎDOUARD.
Il dépend de vous de l'empêcher; il y a ici deux rivaux... je ne parle pas de moi, je me retire du concours... eh bien! madame, il faut en épouser un; vous allez me demander lequel? attendez... j'ai cru voir... j'ai pu me tromper, et peut-être vous-même n'en savez-vous rien... j'ai cru voir que vous préfériez Alfred...
CAROLINE
Oh ! oui, monsieur, c'est lui que je préfère.
EDOUARD
Alors, c'est celui-là que vous n'épouserez pas.
CAROLINE
Et vous vous imaginez, monsieur, que je vous laisserai ainsi disposer de mon sort? que d'un mot vous briserez ma volonté, mes sentiments?
EDOUARD
Eh ! mon Dieu ! vous obliger à être millionnaire, à briller au premier rang... la punition est-elle donc si rigoureuse?... M. Van-Brook, c'est le mari qu'il vous faut.
CAROLINE
Jamais.
EDOUARD
Ah ! prenez garde, c'est la condition expresse que je vous impose; sinon, je me tais; sinon, ce double duel, et toutes ses suites; vous avez sur vous une lettre de M. Van-Brook, qui demande votre main; un mot de réponse, au bas de sa lettre; réponse affirmative. (Il lui présente un crayon.)
Ah ! monsieur, c'est affreux ! c'est indigne ! parce que vous voyez une pauvre femme bien effrayée, bien malheureuse, vous croyez pouvoir l'humilier, la tyranniser, me faire renoncer à celui que j'allais épouser!
EDOUARD
Eh! ne vous a-t-il pas donné l'exemple? ne vous a-t-il pas dit tout à l'iicure qu'il renonçait à vous? et quant à moi... (Avec malice.)
Air : Mire dans mes yeux, tes yeux.
Oh ! moi, vous le savez bien.
Sans peine on m'oublie !
Avec moi vous savez bien
Qu'on ne risque rien !
Non, rien.
Ma belle ennemie, Non, rien.
L'on ne risque rien.
Pour moi, loin d'être alarmée Sur le destin des combats, Que votre âme soit calmée ; Car, s'il faut le dire, hélas !
Je ne vous ai pas aimée.
CAROLINE, étonnée.
Comment, monsieur? qu'est-ce que cela signifie?
EDOUARD, achevant l'air.
Et je no vous aime pas.
ENSEM HLE.
Ah ! quel complot est le sion !
Quelle perfidie I Vraiment, je n'y comprends rien; Je ne comprends riun,
Non, rien, A sa perlidie ;
AVIS AUX COQUETTES
Non, rien, Jo ne compronds rien !
ÉDOUAnn.
Ce socret-là, c'est le mien ;
Mais, dans celte vie,
En ne disant jamais rien,
On no risque rien ;
Non, rien.
Ma belle ennemie ;
Non rien , L'on ne risque rien.
i.iSTOL, entrant en tremblant.
M. Alfred , avec deux l'pées sous le bras.
CA no 1,1 NE.
Alfred! et ce duel, et pas d'autre moyen de l'empôchor; tenez, tenez, monsieur. (Elle écrit vivement, et donne la lettre à Edouard.) Il ne sera pas dit que quelqu'un s'est exposé pour moi... Ah 1 je suis bien malheureuse. (Elle sort par la porte à droite.)
Ét)OLARD.
Liston, conduis madame auprès de sa tante. (Liston sort avec Caroline.)