‹ Théâtre de Alexis de Comberousse, précédé d'une noticeChapitre 4 sur 764 · I.A DICHESSF · texte numérisé non relu

I.A DICHESSF

Eh bien, monsieur?

DE NERVAL

D'importantes atTaires m'avaient appelé ici : une jeune personne que j'aimais, que je croyais aimer du moins, comptait sur ma promesse et attendait mon retour; j"ai écrit que j'avais changé rie pensée, que je manquais à tous mes serments.

I,A DUCHESSE

Vous avez peut-être eu tort.

DE \ERVAI..

Je vous avais vue, madame.

LA Dl CHESSE.

Comment! est-ce que mon aspect dégoûte du mariage?

DE NERVAL

Avec une autre que vous!... oui!

LA DUCHESSE, souriaiit.

S'il eu était ainsi, monsieur, et qu'il me tallût épouser tous ceux qui trouvent quelque plaisir à me voir, vous conviendrez que j'aurais fort à faire.

DE NERVAL

Mais ce sacrifice d'un avenir certain à une lointaine espérance, vous n'avez pas pu l'ignorer; vos regards, votre accueil, vos discours, tout semblait m'en faire un devoir!

LA DUCHESSE

Je ne me souviens pas de vous avoir dit un mot de cela.

DE NERVAL

Non, sans doute, madame, vous ne me l'avez pas dit; mais j'avais cru lire dans vos yeux...

LA DUCHESSE

Où avez-vous vécu jusqu'à présent, monsieur?

DE NERVAL

A La Rochelle, où je suis né, madame.

LA DUCHESSE

Ah!... c'est donc ça!...

DE NERVAL

Ainsi, madame, ces doux regards qui faisaient liattre mou cœur, ces bienveillantes paroles qui m'engageaient à demeurer près de vous, tout cela n'était qu'un jeu? On disait donc vrai, tout à l'heure? porter le trouliie dans les âmes, et rester impassible, faire naître d'un coup d'œil et détruire d'un mot les illusions de ceux qui vous approchent, tel est votre bonheur? et ce que j'éprouve aujourd'hui, M. de Jumilly l'avait éprouvé avant moi?...

LA DUCHESSE

Si votre inexpérience et votre jeunesse ne méritaient quelque indulgence, savez-vous bien que je pourrais me fâcher?

DE NERVAL

Vous fâcher?

LA DUCHESSE

Oui, monsieur, car je ne vous ai jamais donn<'' le droit de me faire subir un interrogatoire, et encore moins celui de m'adrcsser des reproches.

DE NERVAL

Je vous en conjure, madame, ne vous jouez pas de mes tourments! il est impossible que vous n'ayez pas deviné mon cœur; ce sacrifice que j'ai fait sans hésiter, vous avez eu l'art de m'y contraindre sans me le prescrire; vous avez accueilli mon hommage, et je viens d'apprendre que , dans le même temps, vous encouragiez celui de M. de Jumilly.

LA DUCHESSE

Encore, monsieur!...

DE NERVAL

Et c'est moi que vous choisissez pour lire le récit de ses exploits, la relation des glorieux événements qui ont illustré sa vie!

LA DUCHESSE, souriant.

Est-ce que cette lecture ne vous a pas intéressé?

DE NERVAL

J'ai l'âme assez élevée pour admirer le courage, même dans un rival.

LA DUCHESSE

Ce sentiment vous fait honneur.

DE NERVAL

Mais daignez vous prononcer, madame : si j'ai bien compris ce qu'on a dit devant moi, M. de Jumilly vous aime!... qui de nous deux peut espérer d'être aimé?

LA DUCHESSE

Qu'auriez-vous à dire, monsieur, si je vous répondais : ni l'un ni l'autre?

DE NERVAL

Rien, madame! je sortirais d'ici pour n'y jamais reparaître.

LA DUCHESSE

Ce serait une folie de plus.

DE NERVAL

Dites que ce serait ma seule action raisonnable.

LA DUCHESSE, très-gracieuse Vous êtes un enfant !

Page 1