IDKI, K
Moi, d'abord, en fait d'attendrissement, je ne vois pas plus loin que le bout de mon nez. Vous me direz que c'est déjà une assez belle distance; tandis que lui, ancien brigadier d'artillerie, pointeur fameux, dans son nouvel état de peintrecolleur, il vous en a conservé un coup d'œil...
ÉG LANTINE.
En vérité!
Mais pardon, je flâne et j'oublie que nous sommes en retard. C'est sa faute à lui; mais c'est toujours comme ça quand il va chez M. Rossini.
ÉGI,ANTI\E.
Chez M. Rossini! et pourquoi faire?
FIDÏÎI.E.
Pour le voir donc, et lui demander des billets d'opéra italien... pas pour lui , car il a ses entrées depuis les travaux de peinture que nous avons exécutés chez le maestro, comme ils disent, et pendant lesquels, j'ose le dire, nous l'avons charmé par l'accord mélodieux de nos deux voix... à preuve que le maestro m'envoyait toujours prier de me taire, afin de mieux entendre mon frère Paul... que ça lui faisait un plaisir... qu'il le faisait souvent recommencer... et moi toujours me taire.
ÉGL AKTOE.
Oh ! quand on a une voix aussi jolie...
FIDÎÎLE.
Moi ! vous trouvez ?
ÉGLAPJTINE.
Il s'agit bien de vous.
FI ni: LE.
Si bien que mon frère en a pris un goût de musique et d'opéra italien... 11 y va toutes les fois, d'abord ; et faut le voir! il bat la mesure... il crie bravo! dans toutes les langues de l'Europe; il est comme de la maison ; il va dans les coulisses ; tout le monde le connaît... C'est au point que les artistes, avant do commencer, regardent s'il est à sa place; s'ils ne l'apercevaient pas au balcon, ils ne chanteraient pas.
ÉGLANÏINE.
Vraiment!
Finie LE.
Ah! c'est à la lettre. M. Lablachini l'a bien signifié au directeur... Si je ne vois pas lîrichard au balcon, je ne chanterai pas... Vous concevez comme ça devient fatigant pour lui; car enfin, on a beau dire qu'on raffole de la musique italienne, c'est tout de même horriblement ennuyeux ; aussi ils se sont arrangés ensemble: Brichard ne leur donne que trois jours par semaine, pas davantage ! le directeur a beau crier, vous sentez qu'on n'a pas qu' ça à faire. Ma foi, quand il a vu que
c'était pour de bon, comme ils ne peuvent pas se passer de lui, ils ont consenti à faire relâche les trois autres jours, et ils ont fait courir le bruit que c'est parce qu'ils ont la voix fatiguée... couleur... et puis, dame, faut voir la manière dont il se rafistole pour aller là!... l'habit soigné, le linge blanc... jusqu'à ce petit morceau de verre qu'ils vous ont pendu h un ruban et avec quoi ils se bouchent un œil pour mieux voir. Rien ne lui manque... que c'est à mourir de rire, et que vous le prendriez pour un de ces messieurs qui passent leur vie à manger des glaces chez M. ïo..to..iii.
ÉGLANTINE
Oh! que je voudrais le rencontrer comme ça! FiDi:i,E.
Oh ! ça, il est suprême; d'abord il a tous les talents, tout l'esprit, tous les charmes, le serpent!... et j'ai labôtise d'être l'aîné encore!... (Lui prfinant la main.) Dites donc, mademoiselle Églantine, pour la peine que j' vous raconte tout ça, c'est à présent, n'est-ce pas?
ÉGLANTINE
Quoi donc?
FIDÈLE
Que vous allez me donner... (Il fait le signe d'un baistT avec le doigt à sa bouche.)
ÉGLANTINE
Par exemple!
FIDÈLE
Vous avez dit tantôt : quand vous allez r'venir.
ÉG LANTINE.
J'ai dit : quand vous aurez fini tout votre ouvrage, nous verrons.
FIDÈLE
Faut d'abord que mon frère soit là.
Air du Vauderille de- Fanchon.
ÉGLANTINE
Si vous n'pouvez rien faire Sans l'aid' de votre frère, Laissons-le venir.
FIDÈLE
J'aim' bien mieux tenir.
(Il lui tend la joue.) ÉGLANTIME, lui donnant un soufflet.
Voilà...
FIDÈLE
Bon...
(11 se frotte la joue.) Ça m' contente.
De votre soufflet aujourd'hui, Pour me venger, méchante, J' n'aurai pas besoin d' lui.
(Il lui court après et l'embrasse de force. Paul paraît à la fenêtre, suspendu à la corde.)
ÉGLANTINE, se défendant.
Finissez donc! (Elle aperçoit Paul.) Ah ! mon Dieu! (Elle se sauve.)
LE COLLEUR