PAUL, FIDÈLE
PAUL, descendant en scène.
Eh ben ! il parait que ça ne va pas trop mal iri, mon agneau?
FIDÈLE, se frottant les mains.
Mais non, mais non, ça va même très-bien.
PAtr..
Dis donc, Lovelace, tu deviens un gaillard, tu embrasses ta princesse ! fameux !
FIDÈLE, avec satisfaction.
Mais oui... mais oui... et je me fais donner des soufflets.
PAIJL, riant.
Vraiment? Pauv' loulou!
FIDÈLE
Très-bien appliqués... Je suis dans un ravissement!...
PAUL
Comment donc! c'est bien fait pour ça.
FIDÈLE
Quelle gentille petite femme ! et dire que , comme tant d'autres choses, c'est à toi que je la devrai.
PAUL
A moi '!
AlK :
Mon garçon, tu bats la breloque ;
Que diable veus-tu me devoir?
Quand les femm' rend' la réciproque, Vois-tu, c'est qu' c'est dans leur vouloir, C'est conim' ça qu'ell's sont façonnées : faut leur plair' pour les obtenir; Encor quand ell's se sont données, N'est-on pas bien sûr de les t'nir.
FIDÈLE
Ohl je sais bien, une femme... connu!... c'est un poisson... ça glisse, ça glisse, et dame, à force de glisser... Mais depuis que tu ne flânes plus auprès d'elle, je suis paisible, c'te malice, j' t'ai deviné; quand le chardonneret, le pivert, le sansonnet, tout ce qu'il y a de plus délicieux en fait d'oiseaux délicats, a pris sa volée, c'est le gros bec qui est le plus gentil... et je suis devenu le gros bec de maniscUe Églantinc... parce que tu n'as pas voulu être son sansonnet.
PAUL
Sansonnet toi-même !
Non, gros bec.
PAUL
Eh bien ! ne voulais-tu pas l'épouser c'te p'tite '.'
FIDÈLE
Je crois bien... (|ucjc l'adorais, (|uc j'en desséchais, que j'en maigrissais, que j'en étais réduit à l'état d'une jciuno fille de f(uinze à seize ans, et qu'on m'aurait tenu la taille dans les quinzi^ doigts.
Parce que tu ne mangeais plus. Eh bien! je n'ai pas l'habitude de laisser mourir de faim ma famille, moi, et pour lui éviter l'embarras du choix, ;\ c't' enfant, je me suis mis à l'ombre insensiblement, voilà.
FIDÈLE
Très-bien ! grâce à ce stratagème, je puis espérer de me voir bientôt à la tète d'un ménage enchanteur... mais toi?...
PAUL
Oh! moi!... quand il n'y a plus de femmes... il y en a encore; et puis... qui sait'? j'ai peut-être un autre sentiment par là.
FIDÈLE
Un autre ?
PAUL
Eh bien! oui, la... fasciné.
Très-bien, très-bien alors... passe pour la chose d'amour; mais ce magot de la caisse d'épargne avec qui que je me suis acheté un homme... et avec qui que tu t'es acheté... rien du tout.
PAUL
Après?
FIDÈLE
Après!... après!... si tu disais avant, pendant et toujours, ça serait plus juste. Je rafle tout, j'empoche tout, que c'est une honte... que j'en rougis... jusqu'à l'intérieur!... Tu es mon père, tu es ma mère... tu m'es tout enfin, tandis que moi, je n'ai que la bêtise d'être ton aine.
PAUL
Mon aîné ! mon aîné ! A quel propos viens-tu me rabâcher tout cela? et qu'est-ce que cela signifie?
FIDÈLE
Pardinc... ça signifie que je te fais une scène à cause de toutes les bontés que tu as pour moi, quoi !...
PAUL, riant.
Ah! tu me fais une scène! attends, attends, j' vas t' faire autre chose, moi. Tu viens m'chanter pouille, parc' que j' te cède Églantine ! oh beu!... j' la garde.
FIDÈLE, stupéfait.
Bah!...
PAUL
Tu fais la grimace au magot de la caisse d'épargne... pas d' conteste, mon vieux, je r confisque... au profit de mon ménage et des moutards.
FIDÈLE
Ah! Paul, mon p'tit Paul, pas d' bètisc!... 1' magot tant qu' tu voudras, mais la p'tite femme... j'en mouiTai d' chagrin... la... vrai. PAUL, lui dunu.'uit unti calotte.
Grossebête!... l'a-t-i gobé! Comment! tu donnes dans c'godan-là?... mais r'est une farce, jobard. Est-ce qu'entre frères tout n' doit pas être à la