PAUL, LOUISE
PAUL, se grattant l'oreille et regardant. * Eh bien, est-il serin!... le coco qui me laisse avec sa maîtresse !
LOUISE
Monsieur, votre conduite est abominabir, odieuse. (Elle va fermer la porte à clef.) PAUL, à part.
Et elle m'enferme avec elle!
LOUISE
Mais vous ne vous battrez pas... dussé-je voii^ vous faire rester ici tout le jour.
PAUL, à part.
11 ne manquerait plus que cela. (Haut.) Rassuroz-vous... je vous promets... je ferai mon possible pour... le... ménager... Il n'en fera peut-ôtre pas autant... pour moi... mais... qu'est-ce que ça fait!...
LOUISE, plus émue.
Oh! non, non... vous ne vous battrez pas. p A u L.
Eh ! crojez-vous, madame, qu'il n'y ait que M. Arthur au monde qui soit capable de se faire casser un bras ou une jambe pour obtenir une bonne parole de cette jolie bouche!
LOUISE
Encore!... Monsieur, lorsque ma situation m'oblige de retenir près de moi un homme qui m'a offensée... sera-t-il assez peu généreux... me forcerez-vous d'entendre des discours...
PAUL, avec résolution.
Eh bien! non, je ne dois pas abuser plus longtemps de votre erreur. Oui, c'est un ouvrier que vous avez vu aux Italiens; c'est un ouvrier que vous voyez ici, un ouvrier qui vous aimait sans s'en douter. Que voulez-vous, il ne fallait que des yeux et un cœur pour cela, et ma mère ne m'en a pas privé. Le hasard seul et mon état m'ont amené chez vous. Votre imagination ou votre fantaisie, je ne sais pas au juste, ont fait le reste. Vous voilà indignée de mon audace... Vous croyez peut-être que c'est vous qui avez des reproches à me faire... (Mouvement de Louise.) Oh! je m'en doutais. Eh bien! pas du tout, madame, c'est au contraire moi qui ai à me plaindre; c'est moi qui vous accuse. Ça vous étonne; c'est pourtant comme ça. Si vous ne m'aviez parlé que de rouleaux de papier et de badigeonnagc, vous n'auriez jamais su un mot de la chose. Mais vous m' parlez d'amant déguisé, d'entreprises téméraires, enfin d'un tas de balivernes dont je n'aurais jamais eu l'idée... Vous m' montez la tête... Jugez maintenant si c'est votre faute ou la mienne ; dites si ce n'est pas vous qui avez égalisé les distances et qui m'aurez rendu malheureux! (A part.) Voilà une polissonne de logique un peu soignée.
LOUISE
Mais, monsieur, pour me faire croire à ce que
Lt: COLLEUH.
vous dites en ce moment, il aurait fallu ne pas faire connaître tout à l'heure votre fortune et votre situation dans le monde.
PAUL
Tout à l'heure... tout à l'heure... j'ai menti. .
LOUISE, rinterrompant.
Assez, assez.
PAUL
Oh ! oui , assez. Voilà déjà que vous détournez les yeux. Un malheureux colleur '.... je comprends... A ce nom d'ouvrier, tout bon sentiment doit disparaître pour moi... Je ne suis i)lus un homme... je ne suis plus un prince... jo ne mérite plus un regard... plus un mot... n'est-ce pas, madame?
LOUISE
Eh ! monsieur, que voulez-vous que je vous dise?... Ah ! j'en mourrai de chapirin et de honte. PAi L, avec amertume.
Bien, bien, madame... je comprends... Je n'ai rien à faire ici... c'est juste. (A part.) Évincé, M. Brichard! (La regardant en dessous.) C'est dommage?... Maintenant, mon petit monsieur, à nous deux, fil court au balcon et saisit la corde.)
LOUISE
O ciell que faites-vous?
Bien le bonjour, madame. (Il se laisse glisser et disparaît.)
LOUISE
Ah!... (Elle s'appuie sur un fauteuil et met sa main devant ses yeux.)