ACTE DEUXIEME
RUY GO M ES
Ce qu'on a de mieux h faire c'est de prendre le capitaine.
M.\niE.
Par exemple!...
RI Y f.OMÈS.
Eh! madame, l'époux qui obéit ne vant-il pas mieux quecelui qui commande? D'ailleursne puisje pas parvenir?... déj;\ je suis monté en grade.
MARIE
En effet, j'oubliais!... Qu'est-ce donc qui vous a mérité?...
RIY GOMÈS.
Les ordres du marquis de Santa -Crux portés par moi au général Spinosa.
MARIE
Quoi! monsieur, c'est vous?... vous êtes l'officier qui a passé devant le front et sous le feu d'une division ennemie?
RUY GOMÈS
Oui, madame.
MARIE
Les rapports officiels du marquis ne portaient point votre nom?
RLY GOMICS.
C'est tout simple... il ne voulait pas que ce nom retentît à certaines oreilles.
MARIE
Oli ! ce n'est pas de bonne guerre !... Savez-vous bien, monsieur, que votre conduite a été admirable?... vous pouviez vous faire tuer mille fois.
RUY GOMÈS
Je n'y ai pas songé une seule.
MARIE
Un tel courage !...
RUY GOMÈS
Non, madame, je n'ai aucun mérite, je ne crois pas au danger!... j'allais là... comme ailleurs. MARI E, il part.
Je l'embrasserais.
RUY GOMÈS
Et j'avais bien raison!... la peur, dit-on, grossit les objets; il parait qu'elle les grandit aussi, car les balles de ces imbéciles d'arquebusiers ennemis ont passé toutes h un pied au-dessus de ma tête!... Eh bien ! madame, voyez comme la gloire est à bon marché... à mon retour au régiment, ne m'aurait-on pas porté en triomphe, si j'avais laissé faire!... et le généralissime, lui-inémo, dont l'émotion ressemblait à de la surprise!... M.VRIK, à put.
Ah! j<^ compnMids... évidemment il voulait sa mort!... c'est une conduite indigne. (Il.nit.) Jeune homme, vous avez noblement conmiencé : désormais vous avez dans la reine une amie qui songera à votre fortune.
RUY GOMÈS
Olil madame, pour le moment, ce n'est pas le plus pressé, et vous poiirrif/. me rendre un bien plus grand service.
MARIE
Lequel?
RUY GOMÈS
Défendez à la duchesse d'épouser le marquis.
MARIE
Oh ! mon pouvoir ne va pas jusqu'à contraindre les cœurs.
RUY GOMÈS
Ainsi, madame, vous me refusez?... vous ne vous intéressez déjà plus ;\ mon amour?...
MARIE
Je peux m'intéresser à un amour piquant, oiiginal, comme a été le vôtre jusqu'à présent; mais s'il veut procéder comme tous les amours du monde, rentrer dans l'ornière commune, prenez-y garde, Marie d'Autriche et la duchesse d'Ascoli elle-même en détourneront les yeux avec dédain.
RUY GOMÈS
Avec dédain!... ah! plutôt mourir!... car ma vie est là, croyez-le bien, madame... ce n'est pas de l'entêtement, de la folie, de l'ambition!...
MARI E
A la bonne heure!... et à présent, vous allez me faire le plaisir de vous retirer. (La porte du fond s'ouvre, paraît \\n huissier.)
i.'huissier.
M. le marquis de Santa-Crux demande si Sa Majesté veut bien le recevoir.
RUY GOMÈS, à demi-voix à la reine.
Ah! madame, s'il me voit, toutes mes espérances sont à jamais anéanties... Pour avoir abandonné la maudite forteresse dont il m'a donné le commandement, il va me faire arrêter, et je suis perdu.
MARIE
\raiment?...
RUY GOMÈS
C'est fait de moi, madame! souffrez, je vous en conjure...
MARIE
Quoi donc?
RUY GOMÈS
Que je m'échappe au moins de ce côté. (Il montre la porte par laqnelle il est entré.)
Mais , monsieur, c'est l'appartement de mes femmes.
RUY G 0 M È s.
•le le sais bien!... c'est par là que je suis venu.
MARIE
Ah!... (A ]iart.) Le laisser surprendre par son rival, qui a déjà voulu le faire tuer... RUY GOM Es.
J'attends vos ordres.
Kh ! niDUsirur, puis([uc \ nus connaisse/, le chemin...
RI Y GOMÈS
Ail! nn'rri, nwulamc, merci mille fois!... ;ll ,lii. Il irait.)
VOULOIR, C'KST POUVOIR.
M AniK, à riinissicr.
Faites entrer.
SClîNE III.
MARIE D'AUTRICHE, SANTA-CHUX, puis LA DUCHESSE.
MAniE, sniilfi un instant.
Co pau\Te général qui croit son rival dans une forteresse.
SANTA-cniX, pntrant.
Je viens, madame, prendre les ordres de Votre Majesté.
MARIK
Au sujet de votre mariage, n'est-ce pas ?... (Elle éclate de rire.) Ah ! ah ! ah !
SANTA-CRUX
Si la reine daignait me mettre dans la confidence de sa bonne iiunieur...
MAniE, continuant de rire.
Oh ! mon cher marquis, ne prenez pas votre air grave, je vous en prie, car je ne pourrais jikis m'arrôter.
SANTA-CnilX.
Je me réjouis de la gaieté de Votre Majesté, mais...