SCENE VII
UUY GOMÈS, CHARLES.
CHARLES, arrivant en scène.
Tiens!... la duchesse qui s'en va en mevoyant!... Est-ce que c'est moi qui la fais partir?...
RUY G 0 M È s.
Pardieu! ce n'est pas moi! vous arrivez là comme une bombe!
CHAR LES
Écoute donc!... je t'avais prié de te dépêcher. Qu'avais-tu donc tant à lui dire?
RUY GOMÈS
Ce que j'avais à lui dire?... mais pourrez-vous me comprendre?
CHARLES
Il n'y a pas do doute que je te comprendrai... pourvu que tu parles en espagnol.
RUY GOMÈS
Eh bien! sire, je suis amoureux de la duchesse.
CHARLES
Ah bah!...
R UY GOMÈS
Et si je ne l'obtiens pas, si elle n'est pas ma femme, j'en mourrai.
CHARLES
Mourir?... quelle bôtise!...
RUY GOMÈS
Oh! plutôt que de renoncer à elle, je poignarderais le marquis, j'enlèverais la duchesse, je mettrais le fou au palais.
CHARLES
Doucement!... doucement!... sais-tu bien qu'il est à moi le palais?
RUY GOMÈS
Ah! si j'avais un ami?...
CHARLES
Un ami?... Et moi donc?
RUV GOMÈS, s'inclinant.
Vous, sire?... ah! merci!... mais ce qu'il me faudrait, c'est le dévouement, c'est le ferme vouloir d'un homme.
CHARLES
Eh bien ! qu'est-ce que je suis , s'il vous plaît ?
RUY GOMÈS
Hélas ! sire...
CHARLES
Voyons, monsieur, parlez!... qu'est-ce que je suis ?
nUY GOMÈS.
Un enfant.
CHA RLES.
Un enfant?...
RUY GOMÈS
C'est du moins ce que tout le monde dit dans cette cour.
CHARLES
Les insolents!... quand j'ai quinze ans passés!... quand je suis majeur depuis un mois!... que fautil donc pour leur prouver ma puissance?
niiï GOMÈs, vivement.
Donner des ordres au lieu d'en recevoir. Ne pas souffrir que votre gouverneur, en votre nom et sans vous consulter...
CHAULES.
C'est vrai qu'on ne me consulte jamais!... tu m'y fais songer !... Ah!... c'est bon, c'est bon !... je leur ferai bien voir...
RUY GOMICS, vivement.
Aujourd'hui même si vous voulez, sire.
CHARLES
Comment cela?...
RU y GOMÈS.
Roi d'Espagne et des Indes, maître absolu de tout ce qui vous entoure, vous avez le pouvoir de disposer de la main de la duchesse?
CHARLES
Sans doute.
RIV GOMÈS
Donnez-la-moi, sirel...
CHARLES
Ah! diable!... je te la donnerais bien!... mais c'est que je l'ai dt^jà donnée au marquis de Santa- CruN.
Rry (;oMÈs.
Il ne l'a pas encore.
CHARLES
Il a ma parole.
Vous pouvez la lui reprendre.
CHARLES
Commencer mon règne par un manque de foi 1.,. Et envers qui? envers un homme qui m'accusera d'ingratitude, qui m'abandonnera!...
RU Y GOMÈS
Est-ce que vous tenez à lui?...
Cir ARLES.
Comme gouverneur, pas le moins du monde!... mais comme général, un moment!... Sais-tu bien qu'il ne me gagnerait i)lus de batailles?
RUY GOMÈ.S.
D'autres vous en gagneront.
CHARLES
D'autres?... et qui donc, je te prie?
RUY GOMÈS
Moi, sire.
CHAULES.
Toi?
RUY GOMÈS
Et ce ne serait pas la pvemière.
CHAULES.
Qu'est-ce que tu dis h\?
RUY GOMÈS
Tenez, sire, lisez. (II Ini remet im papier.)
CHARLES, parcourant le papier.
Que vois-jo!... C'est le plan de cette expédition qui a si prnmptement mis fin h la guerre!...
RUY GOMÈS
Et que j"ai fait parvenir au marquis sans nu* nonmicr.
CHARLES
Pourquoi donc?
RUY GOMÈS
Je craignais que son orgueil ne repoussât les idées d'un simple lieutenant, perdu dans les rangs de l'armée.
CHARLES
Aiiçà! mais c'est donc à toi que je dois cette importante victoire?
RUY GOMÈS
Oui, sire!... Et penserez-vous que je m"en tiendrai là?... Nommez-moi seulement général, et vous verrez !
CHARLES
Ta, ta, ta!... Comme tu es pressé!... Tu n'es encore que capitaine, et tu veux que je te fasse général ?...
RUV GOMÈS.
Il faut bien commencer par quelque chose.
CHARLES
C'est juste!... Et, au fait, un homme qui a déjà gagné une bataille...
R UY GOMÈS
Sire, mon bras, mon sang, ma vie, tout est à vous!... Ah! si vous vouliez enlever le pouvoir à ceux qui l'exercent en votre nom, et vous en servir pour remplacer tous ces vieux courtisans si incapables, si hypocrites, par de jeunes hommes pleins de cœur, de franchise et de dévouement, il n'y aurait pas un Espagnol qui ne vous bénirait.
CHARLES
Tu crois, Huy Gomès?
RUY GOMÈS
Si je le crois? Vous en jugeriez bientôt vous même aux cris d'enthousiasme et de joie qui éclateraient partout sur votre passage.
CHARLES
Oh! que ce serait agréable!
RUY GOMÈS
Certainement que cela serait agréahle! Et quand je pense que vous n'avez qu'un mot à dire... un signe de tête à faire, pour que tout le monde vous soutienne et vous seconde!... Mais c'est vous seul qu'on aime, sire, c'est de vous seul que l'Espagne attend son bonheur.
CHAR L E S
C'est étrange, quelles nouvelles idées tes paroles éveillent dans mon esprit, quels sentiments inconnus elles font naître dans mon cœur !... Le feu de tes regards, le son de ta voix, ton enthousiasme m'enivrent à tel point!... II me semble que je ne suis plus le môme!...
Am dos Chnpmms blancs.
Oui, (le nouvelles dostinéos, Quand tu parles, s'offrent à moi :
Un jour me iloiimi dix années, VA d'un enfant tu fais un roi!
A mes pieds la rour se pnislorno.
Du peuple jo fais le bonheur,
VOULOIH, C'EST POUVOIR.
Bt puisque c'est moi qui gouverne, Bon voyage à mon gouverneur.
ENSEMBLE
Oui, de nouvelles destinées, Quand tu parles, s'offrent A moi :
Un jour me donne dix années.
Et d'un enfant tu fais un roi !
Kl Y COMÈS,
(lui, do nouvelles destinées Pour vous brilleront grâce ;\ moi :
Un jour vous donne dix années, Et d'un enfant je fais un roi.
Cil A ni, F, S.
Voih\ qui est dit! Ta no me ((iiittcras plus; tu seras mon général, mou ministre, mon ami. Nous gagnerons des batailles ensemble!...
RU Y GOMKS.
C'est comme si vous les teniez, sire!... Mais vous me donnerez la ducliesse?...
CHAH t, ES.
Tu crois donc qu'elle t'aime?
m Y GOMÈS.
J'en jurerais sur ma tète! C'est la vanité, c'est l'orgueil qui l'enchaînent au général.
Oui-dal... Eh bien! il me vient une idée!... Qu'est-ce que tu es, toi? comte, marquis?
RUY GOMKS.
Hélas! sire, rien du tout, simple hidalgo, orphelin et le dernier de ma famille.
CH ari.es.
La, voyez-vous!... Voilà peut-être d'où vient tout le mal? Pourquoi ne m'avoir pas dit cela, il y a trois mois, quand nous étions à cheval sur la grande perche? Comment veux-tu qu'une duchesse épouse im simple hidalgo? Mais c'est égal, il est encore temps, laisse-moi faire, et attends ici!... Je vais dans mon cabinet chercher quelque chose... Attends, attends! Tu verras que je ne suis pas aussi enfant qu'on l'imagine. (11 sort à droite.)