‹ Théâtre de Alexis de Comberousse, précédé d'une noticeChapitre 47 sur 764 · LA DUCHESSE, GRANDET · texte numérisé non relu

LA DUCHESSE, GRANDET

LA DICHESSE, très-gracieuse.

Je ne vous demande pas l'explication des paroles de ma tante, monsieur : l'excès de son amitié pour moi l'a peut-être rendue injuste, et je crains que vous n'ayez eu à vous plaindre de la vivacité qu'elle met à tout ce qui m'intéresse.

G R A N D E T , à part. Il paraît que ce sera moins orageux.

LA DICHESSE, s'asseyant.

Mais... asseyez-vous donc, monsieur.

GRANDET

Je suis très-bien ainsi, madame.

LA DICHESSE.

Non, non!... je vous en prie!... notre conversation peut se prolonger... j'ai peut-être bien des choses à vous dire.

GRANDET, s'asseyant.

Me voilà prêt à vous entendre.

LA DUCHESSE

Il y aura un mois bientôt, monsieur, que je reçus de vous une visite.

GRANDET

Oui, madame,

LA DUCHESSE

J'espérais qu'elle ne serait pas la seule.

GRANDET

Vous espériez?... cependant!...

LA DUCHESSE, très-gracleuse.

On peut avoir quelques discussions, n'être pas tout à fait du même avis sur une chose, et pourtant estimer assez le caractère de quelqu'un pour désirer de le revoir.

ACTK TUOISIEMK.

GRANDET

Certainement... niadanie... (A part.) Que diable e«t cela?

LA DUCHESSE

Il est vrai que vous avez été absent quinze jours.

GRANDET

Nous VOUS êtes informée de moi, madame?

I,A Dl en ES SE.

Apparemment , car nous n'avons guère les mêmes relations, si ce n'est...

GRANDET

Le général Jumilly.

LA DUCHESSE

Oui; mais je ne l'ai pas vu.

Bravo!... Il a tenu sa parole.

LA DUCHESSE

Comment?

GRANDET

Sans doute!... De maudites affaires m'ont contraint à m'éloigner de Paris durant quinze mortels jours; il m'avait bien promis de ne pas chercher à vous revoir; mais il a été si faible avec vous, madame, que je me défiais de lui. Je tremblais qu'il n'eût encore bouleversé tous les projets que j'ai formés pour son avenir, projets qu'il avait adoptés.

LA DUCHESSE

Ah!...

GRANDET

Je vois avec plaisir que c'est une affaire terminée, et qu'il ne vous importunera plus d'un amour que vous ne pouvez partager.

LA DUCHESSE

Mais qui vous a dit cela, monsieur Grandet?

GRANDET

11 me semble que c'a été assez clair.

LA DUCHESSE

Oui, vous m'avez cru une femme insensible, et moi j'ai pu vous croire méchant!... nous nous sommes bien trompés tous deux.

GRANDET

Pas trop ! pas trop !

LA DUCHESSE

Oh! je vous demande pardon!... car, sous cette apparence de rudesse, vous êtes bon, généreux.

GRANDET

Du tout, du tout!..

LA DUCHESSE

Vous avez donc pensé, monsieur Grandet, qu'il pouvait se rencontrer une femme capable de voir et d'entendre chaque jour votre ami sans ajjpri'cier ses nobles qualités, sans qu'elle reconnût que l'amour d'un homme tel que lui devait être la plus grande et la jjIus chère ambition de son cœur?

GRANDET, i part.

Ah çîi! mais, ce n'est plus la même femme!

LA DUCHbSSE.

Vous avez été sévère, cruel môme envers elle!... eh bien! elle ne vous en veut pas, et elle vous demande aujourd'hui un peu d'indulgence en échange de son amitié.

GRANDET, soiirlant.

(A part.) Quelle métamorphose... (Haut.) Pardon, madame la duchesse!... savez-vous bien que si l'on n'y prenait garde, rien no serait plus facile que de se laisser aller à ces douces pai'oles, à ces regards charmants?... oui, on jurerait qu'il y a place dans votre cœur pour une véritable émotion.

LA DUCHESSE

Et pourquoi s'obstinerait-on h en douter? pourquoi ne pas croire que mon ilme est capable de comprendre la vôtre, et de pardonner à un dévouement qui vous honore ce que votre conduite envers moi a pu avoir d'irrégulier et de désobligeant?

GRANDET

Me pardonner?... vous, madame?..,

LA DUCHESSE, approcUiiit son fauteuil du sieu.

Moi-même!... je veux faire plus peut-être.

Quoi donc?

LA DUCHESSE

Vous contraindre à me rendre justice, à convenir qu'il y a quelque élévation, quelques nobles sentiments dans cette âme que vous avez si cruellement blessée.

GRANDET

J'avoue franchement que j'ai été un peu perfide, et que, pour ne pas me garder rancune, il faut que vous fassiez un grand effort sur vousmême.

LA DUCHESSE

Mais non!... car désormais nous serons amis; la prévention cessera de vous aveugler. Vous viendrez me voir... souvent; vous me raconterez les campagnes de votre ami; vous me direz la gloire qu'il s'est acquise, les nombreux dangers qu'il a courus c(uand son amour de la science l'entraîna dans les déserts de l'Egypte : vous me parlerez de vous aussi, de votre existence si pleine d'utiles travaux et d'importantes découvertes, car je n'ignore point que votre art vous doit beaucoup, et je compte sur vous, monsieur Grandet !

GRANDET

Certes, madame, ce serait avec grand plaisir...

LA DUCHESSE

Oh! vous verrez qu'une duchesse peut être une bonne femme!... Que de fois il arrive dans le inonde que notre opinion sur telle ou telle personne n'est que l'effet d'un malentendu, et qu'un moment d'entretien suffit pour changer toutes nos idées?... Moi, par cxemple,jc vous avais mal jugé, et je m'en repens.

GRANDET, à part.

C'est incroyable!... il y a dans toutes ses paro-

L'AMI GRANDE'

les un ton de franchise, un abandon!... est-coque cette fcnnne-lii aurait un cœur?

LA DtCHF.SSK.

Je tiens trop h votre estime, monsieur Grandet, pour ne pas tâcher de vous faire revenir sur mon compte.

0 n A N D !•: T , embarrassé.

Mon Dieu! madame!...

LA DUCHESSE, lui tendant la main.

Vous ne me haïrez plus, n'est-ce pas?

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