PREMIER COL'PLET
Mais c'est une plaisanterie.
MELBERT.
Non... car s'il faut t'ouvrir mon cœur, A toi l'amitié se confie, Tout n'est pas gain dans la grandeur; Avec les soucis qu'elle entraîne, Elle ôte l'appétit souvent.
FRIEDLIN.
Va donc... qu'ici rien ne te gêne:
L'appétit nous vient en mangeant, {bis.}
DEUXIÈME COUPLET
MELBERT.
Voyons; pour toi que puisje faire?
FRIEDLIN, à part.
Dois-je lui rappeler sa foi ?
Et surtout cet écrit prospère...
MELBERT.
Parle... qu'exiges-tu de moi?
Tu le veux... mais vraiment je n'ose.
(A part.) Pourquoi pas, puisqu'il est puissant?...
MELBERT.
C'est peut-être trop peu de chose.
FRIEDLIN, parlant.
Peu de chose!... peu de chose! eh! eh! on ne sait pas. (Aclievant l'air.)
L'appétit nous vient en mangeant.
MELBERT.
Explique-toi donc !
FRIi: IM.IN.
Mon ami... tu es ministre... c'est tout ce qu'il me faut. La fortune a comblé mes vœux.
MELBERT.
Tu es trop bon... je voudrai^ aussi te faire partager un peu...
FRIEDLIN.
Partager!... dis-tu'?... c'est cela... te voilà sur la voie... mais, en vérité, je n'aspirais pas si haut... non... foi de Friedlin... tu as bien fait de prendre les devants... ce n'est pas moi qui t'aurais fait arriver là.
MELBERT.
Que veux-tu dire ?
FRIEDLIN.
Quand me présentes-tu ?
MELBERT.
A qui donc?...
FRIEDLIN.
Mais au prince?...
MELBERT.
Comme artiste dramatique?...
FRIEDLIN.
Non pas!... (non pas!... comme artiste, si tu veux, mais dans un autre genre... oh! un genre infiniment distingué... artiste ministre.
MELBERT.
Hein?...
FRIEDLIN.
En un mot, comme... ton collègue.
MELBERT, riaut.
Ah! ah! ah! tu es bien amusant; mais trêve de plaisanterie. Allons, voyons, mon bon Friedlin, que veux-tu de moi ?