‹ Théâtre de Alexis de Comberousse, précédé d'une noticeChapitre 482 sur 764 · ME LE EU T · texte numérisé non relu

ME LE EU T

Quoi! tu serais?...

FRIEDLIN.

Oui, mon ami, comédien, pour te servir... et t'amuser si j'en étais capable... je suis pour les arts, moi. ..Tu te rappelles à l'Université... comme je jouais le Leicestcr de notre grand Schiller?...

MELBERT, Stupéfait.

Comédien!...

FRIEDLIN.

Artiste de premier ordre...

MELBERT.

Cependant... tu n'as pas l'air très-heureux.

FRIEDLIN.

Pas heureux! quand je te retrouve!... mais laisse-moi te regarder à mon aise... Oui, c'est bien toi... tu n'es pas changé du tout... absolument comme à l'Université... comme au temps où nous ne nous quittions jamais... où nous vivions en frères, tu t'en souviens?... Oh! ta position n'était pas alors aussi brillante qu'aujourd'hui... et tes parents oubliaient même quelquefois l'échéance de ta pension...

MELBERT.

Mais tu n'oubliais pas, toi, de partager la tienne avec moi.

FRIEDLIN.

Entre amis, tout n'est-il pas commun?

MELBERT.

Sans doute , et si tu as besoin de quelque chose...

FRIEDLIN.

De quelque chose... je ne dis pas non... de plusieurs choses même.

MELBERT, vivement.

Dispose de moi... de ma bourse.

FRIEDLIN.

L'argent... cela viendra plus tard... pour le moment, si tu voulais me faire un grand plaisir... as-tu déjeuné?

MELBERT.

Comment!... à cette heure. Que n'as-tu parlé plus tôt... toujours bon appétit?

FRIEDLIN.

Oui, oui... je suis assez content de l'appétit.

MELBERT, avec im soupir.

Tu es bien heureux!

FRIEDLIN.

Aujourd'hui surtout... je suis sorti si matin... j'avais pris si peu de chose...

MELBERT, appelant.

Fritz! (Un domestique paraît.) A déjeuner, dans ce bosquet, pour monsieur et pour moi... du vin de France. (Le domestique sort. — A Friedlin.) Tu vois que je me rappelle ton goût !

FRIEDLIN.

Et le tien, coquin!

MELBERT.

*0h! moi...

FRIEDLIN.

Il me semble que tu n'allais pas mal non plus... témoin ce certain jour où tous deux, un peu plus animés qu'à l'ordinaire, nous sentîmes redoubler l'amitié qui nous unissait, et où dans un saint transport...

MELBERT.

Ah ! tu me rappelles là le temps des douces pensées et des folles espérances. Alors, tout pauvre que j'étais, l'avenir m'appartenait : je ne rêvais que gloire, fortune, amour!...

FRIEDLIN.

Moi, je ne songeais tout simplement qu'au plaisir de me trouver à table, entre un joyeux compagnon et une bouteille de Champagne plus joyeuse encore. Car ton amitié c'était ma gloire à moi, ma fortune, mon ambition! aussi lorsque tu me proposas...

LE VALET, qui a apporté le déjeuner.

Son Excellence est servie.

FRIEDLIN.

Voilà une annonce qui vaut mieux que toutes celles que j'ai faites au théâtre.

MELBERT.

Assieds-toi là.

FRIEDLIN.

Volontiers. Quel déjeuner! il paraît que tu as un fameux cuisinier! (Remplissautson a.'^siette.) Mais

LE SERMENT DE COLLEGE

c'est mal d'avoir fait des façons... la moindre chose aurait suffi... tu ne m'as pas traité en ami.

MELBERT.

Au contraire.

FRIKDI.IN, se servant toujours.

Je te demande pardon de me servir moimême.

MELBERT.

Comment donc, liberté entière.

FRIEDLIN.

C'est que, comme cela, vois-tu, on est plus sûr de l'être à son goût. (Il charge son assiette.) MELBERT, souriant.

Il me semble qu'on aurait eu de la peine à se tromper sur le tien ; tu prends de tout. FRiEDLix, dévorant.

C'est ce que j'appelle... la politesse de l'estomac. (Offrant à Melbert.) A ton tour.

MELBERT.

J"ai plus qu"il ne me faut.

FRIEDLIX.

Que fais-tu donc? un biscuit trempé dans un verre d'eau pure?

AIR : Qu'on a d'mal pour se faire airner!

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