FRANCIS, MARIE
FRANCIS ET M\R1K, riaut.
Ah : ah ! ah !
FRANCIS
Est-il hôte avec son permis! Mais dis donc, est-ce drôle! nous nous sommes couchés hier à la même heure, et voil;\ que nous sommes levés en mOme temps.
MARIE
J'y pensais.
FRANCIS
Tiens, quand ma sœur a épousé ton oncle Duchemin le référendaire, ça ne me souriait pas beaucoup; mais quand je t'ai vue, ça m'a souri tout de suite. Toi et Vernant, vous êtes les deux camarades que j'aime le mieux.
M A li I F.
Comment! vous avez pour moi la même amitié que pour M. Vernant?
Ah! mon Dieu! tout à fait.
MARIE
C'est bien aimable!
FRANCIS
C'est mon grand ami. Quel cœur! quel feu! quelle imagination! nous sommes faits l'un pour l'autre, nous représentons la jeune France.
MARIE
Excepté que vous n'avez pas encore de barbe au menton, vous.
FRANCIS
Ca poussera.
En attendant, je devine bien à peu près poui'quoi il vous fait des amitiés.
FRANCIS, vivement.
Parce qu'il in"aime.
MARI E
Laissez donc.
FR AN CI s.
Oui, il m'aime beaucoup... et tous ceux qui me sont chers.
MARIE
Madame Ducliomin aussi, n'est-ce pas?
Oui, madame Duchemin aussi, parce que c'est ma sœur.
MARI E
Ah! parce que c'est votre sœur?
FRANCIS
Certainement; car il ne la connaît que pour l'avoir regardée en passant, par hasard.
Par hasard? (A part.) En pension, on m'a appris ce que c'était que ces hasards-lîi. (Haut.) Francis, vous êtes un enfant... réfléchissez donc... est-ce qu'il peut y avoir de l'amitié entre un homme de vingt-cinq ans et un bambin de quinze ans?
FRANCIS
Fais donc la fière ! tu es aussi jeune que moi.
MARIE
Oui; mais une femme de quinze ans, c'est un personnage, au lieu qu'un homme à cet âge, c'est bien peu de chose.
FRANCIS
Parce qu'on n'a pas tout à fait la taille...
MARIE
D'ailleurs M. de Vernant ne vous connaît que depuis quinze jours... c'est une amitié bien ancienne!
FRANCIS
Elle ne peut pas être plus ancienne, puisqu'il n'est ici que depuis ce temps... et puis, au collège, ce sont les nouveaux que l'on aime le mieux. (Il va prendre sa carnassière.)
Kh bien ! quoi ! vous partez déjà?
FRANCIS
Mon ami m'attend, et le bambin va s'amuser à tirer le gibier du beau-frère Duchemin, tandis qu'il est à Paris à chasser autre chose; car il est chasseur aussi, monsieur le référendaire de seconde classe.
Chasseur de places!
AïK : Vaudeville de Jadis H aujourd'hui.
FRANCIS
Mais la place n'est jamais prise, Depuis trois ans il court en vain; Moi, j'atteins toujours quand je vise.
MARI E
Votre gibier n'est pas malin!
FRANCIS
Devenez perdrix, et sans peine Je vous attrape...
MARIE
Si je veux...
F.tant femme, j'en suis certaine.
Je vous attraperai bien mieux.
FRANCIS
Eh bien ! mademoiselle, puisque vous êtes si maligne... attrai)ez-moi! (11 va prendre sou fusil.)
UN FRERE DE QUINZE ANS
Allez donc faire la guerre à ces pauvres petits animaux... il faut que vous soyez bien méchant pour trouver du plaisir à les tuer.
FKANCIS.
Tu en trouves bien à les manger...
Je les mange... oui , je les mange... quand ils sont cuits.
FRANCIS
Mais moi, je les tue pour les faire cuire... et puis, si tu savais comme on s'anime quand on est là !... je ne tire pas que les oiseaux, je chasse aussi les lièvres, les lapins, mieux que ça môme, et je ■ne manque jamais mon coup. (Mettant en joue visà-vis la porte du fond, qui est ouverte.) Tiens, supposons que cet arbre là-bas soit une grosse bête, tu vas voir, il sera criblé. (DucUemin, los cheveux hien droits, se présente à la porte, et aperçoit Francis prêt à tirer.)