‹ Théâtre de Alexis de Comberousse, précédé d'une noticeChapitre 512 sur 764 · DUCHEMIN, MAD.\ME DUCIIEMIN · texte numérisé non relu

DUCHEMIN, MAD.\ME DUCIIEMIN

MADAME DUCIIEMI\.

Vous ici, mon ami? quelle aimable surprise!

DUC HEM IN, avec amabilité.

Chère Adèle, elle n'est pas telle que je le voulais !

Air de Julie.

Lorsqu'arrivant dans ma demeure, On est venu m'annonccr ton sommeil.

J'ai bien recommandé sur l'heure De ne pas hâter ton réveil...

.Te voulais qu'il ffit mon ouvrage.

Et toi-même en te réveillant, Tu m'ôtes le plaisir charmant De te surprendre davantage.

(A part, lui baisant la main.) 11 n'y a que moi pour dire de ces choses-là!

MA DAME DU CHEMIN

Quel motif vous a donc ramené si vite?

DUCHEMIN

Quel motif? le besoin de te revoir! Paris est si ennuyeux, si maussade, depuis ton départ!

MADAME DUCHEMIN

Que vous me rendez heureuse ! 11 est donc bien vrai, mon ami, que tous vos rôves d'ambition sont dissipés, et qu'enfin vous voulez bien vous contenter de vingt mille francs de rente et d'une femme qui vous aime?

D V c HEM! N, vivement.

Si je m'en contente? mais c'est deux fois plus qu'il n'en faut! Passer sa vie auprès de toi, peuton désirer une plus belle place?

MADAME DUCHEMIN, avec joie.

Que vous êtes aimable!

DUCHEMIN, avec fpii.

Loin dà moi ces hochets de la folie ! les honneurs et tout ce tourbillon qu'on appelle le monde, je n'y pense plus!

MADAME DUCHEMIN

Ah! vous avez bien raison!

DUCHEMIN

Et pour lui faire mes adieux, je veux aujourd'hui mf'me donner un grand dîner!

JI AD \ME DUCHEMIN

Un grand diner?

DUCH EMIN.

'Où j'inviterai toute la ville... c'est-à-dire ce qu'elle renferme de mieux.

MADAME DUCHEMIN, .stupéfaite.

Que dites-vous?

DUCHEMIN

On t'a fait beaucoup de politesses, je le sais... je dois les rendre ; et comme c'est une corvée, il fau'„ s'en débarrasser d'un seul coup, en masse.

^1 ADAM E DUCHEMIN

Mais, mou ami, l'élb'cbissez donc!

D l CIIKM i\.

Non, non, ma bonne amie. Oh ! je vois bien que la solitude vous effraye déjà; mais, moi, j'y tiens! (Se frappant la tète.) J'ai mis là que je dirais adieu au monde... j(; le lui dirai.

M A D A ME DUCH E M I N, SOllpirant.

Ah ! mon ami !

Aiu nouveau de M. Massé.

L'objet dont on est amoureux, Par dépit souvent on le fronde ; Et, si vous voulez fuir le monde.

Vers lui ne portez plus les yeux.

Car il est comme une maîtresse Dont vous maudiriez le pouvoir...

Vous lui dites adieu sans cesse, Et cela veut dire : Au revoir.

DUC H EMIN.

Comment! vous me soupçonnez! vous pouvez croire!... Ah! pour qui me prenez-vous? Moi, sacrifier encore mon repos pour une chimère ! car il y a dix ans que la place de référendaire de première classe n'est pour moi qu'une chimère... oh! certes, pas si fou ! (Prenant la main de sa femme et la caies.sant.) 11 est si doux de rester dans les limites de son petit royaume, de ne pas sortir de chez soi! (Allant prendre .son chapeau.) Adieu, ma bonne amie!

MADAME DUCHEMIN

Eh bien ! vous me quittez?

DUCHEMIN-

Te quitter, moi, non pas. (Tirant sa montre.) Ah! mon Dieu! neuf heures! (A part.) Si M. de Vernant allait être déjà sorti ! les gens en place dorment si peu par le temps qui court !

MADAME DUCHEMIN

Mais, mon ami, je ne vous comprends plus !

DUCHEMIN

C'est pourtant bien clair. N'oublions pas surtout que nous avons affaire à des appétits de province. Repas pour trente personnes et quinze couverts. (Il sort, puis revient.) Pour trente personnes et quinze couverts,

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