DE NAVAILLES
(Au lever du rideau, Créqui et Gomhault sont sui- le devant de la scène.)
CRKQLI.
A demain donc, monsieur le ])oëte.
GOMI! ALLT.
Tout de suite, monsieur de Créqui.
CRKO ui.
Soit; je vous foi'ai seulement observer que la nuit est venue.
GOM n AL I.T.
On peut se procurcvdes flambeaux, c R É Q i; I.
Non, non! c'est inutile. Un duel à Colin-Maillard!... ce sera plus drolo; d'ailleurs, si j'y voyais, la partie ne serait pas éj^ale entre nous.
G OMIS ai; I.T.
Trop bon, mille fois...
CRÉQIM.
Dans une heure, au bas du grand escalier.
LA MARQUISE, entrant ct se tenant à l'écart. Ensemble I ('coulons !
en KQU I.
Ah! j'oubliais... Ayez soin de vous procurer des armes et un témoin.
GOMUADI-T.
Soyez tranquille. (Les deux cavaliers se saluent, et sortent chacun d'un côté opposé.)
LA MARQUIS!-:, senlc.
Vn duel... j'en étais sùrc! (Uegardjnt du côié par loqncl Goiiibanll rst sorti.) Oh! il faut absolument...
SCÈNH I I.
LA MAr.QUISE, MADAME DE CAYLUS.
M A I) \ M !•: 1) K CAYLUS, entrant par le fond. Oue fait donc là, toute seuh;, la belle mar(|uise de Navailles".'
i.A :\i Ar. QU I M.
.\h I rriiiiicsse de (\ivlus , dili's uioi \iie je nom
de ce cavalier qui rejoint en ce moment ce groupe de gentilshommes.
MADAME DE CAYLUS
Celui qui a des nœuds verts?
Non, l'autre, à côté, dont la ligure est si noble, si expressive!
MADAME DE CAYLUS
Comment! vous l'ignorez? d'où sortez-vous donc, ma chère?
L \ MA n Q u I s E.
Vous savez bien que, depuis mon veuvage, c'est la première fois que je revois la cour.
M A DAME DE C A Y L U S
Eh bien! cotte figure si noble... si expressive, appartient à notre gentil Olivier Gombault.
LA MARQUISE
L'auteur du poi-me à'Endijmlon'.'
MADAME DE CAYLUS
C'est cela même.
LA MARQUISE
Cet Olivier, dont les ouvrages m'ont causé un si vif plaisir, serait celui à qui je dois la vie !
MADAME DE CAYLUS
Vous lui devez la vie, et vous ne le connaissez pas ?
LA M Ali QUI SE.
Mon Dieu, non !
MADAME DE CAYLUS
Voilà qui est original, par exemple!... Mais attendez donc, je me rappelle... oui, on m'a, jadis, i-aronté cette histoire... En Auvergne, un cavalier ([ui, pour vous éviter l'atteinte d'un sanglier furieux, tombe, blessé lui-mOmc...
L A MARQUISE
Et que je fus contrainte, par la jalousie de M. do Navailles, d'abandonner aux soins de mes valets avant ([u'il eut ouvert les yeux.
MADAME DE CAYLUS
.l'y suis, maintenant.
L \ y\ \ Il Ql I SE.
Jugez de mon désespoir, de mon eIVroi, cet lionniK! qui m'a sauvé la vie, demain va de nouveau exposer la sienne, et toujours pour moi !
MA DA M i; Di; CAYLUS.
Ceinmenl , iinire poi'te...
L\ M A UQ II SE.
TiMil ;'i riieiire, ;ui crii'Ir île la l'ejne, où je l'a-
LE CHKVAL Di: CIIKOII.
vais reconnu... ne sticliant couunent attirer ses regards, fixer son attention, et cependant pressée du désir de lui témoigner ma reconnaissance, j'ai laissé tomber un de mes gants en passant d(^vant lui.
MADAME !)i; CA YI.llS.
Kli bien I ce gant, il l'a ramassé, vous i"a remis avec toute la grâce qui le caractérise, et...
Point du tout; pour mon malheur, M. de Cré- (|ui était derrière moi.
M ADAM K l)K C. A Y LU S.
Ah 1 je comprends, et jaloux comme un homme i|ui doit vous épouser...
J'ai promis seulement de répondre dans trois jours !
M \i) VMK 1) E CAVLUS.
Et il ne faut ([u'uiic seconde pour din; non. C'est juste.
LA MARQi; ISE,
Enlin, M. de Créqui a surpris ma pensée, et mon gant re'evé par lui a été le sujet d'une querelle ; demain ils doivent se battre.
MADAME DE CAYLl S.
Ciel I le comte qui est si redoutable...
LA MARQUISE
Ah! rassurez-vous, je saurai bien empocher... Mais voici M. Gombault qui revient.
MADAME DE CAYLUS
\'uulez-vous cpie je lui parle?
LA MARQUISE
Non, c'est à moi... à moi seuh;... et maintenant... je l'oserai!... Vous, tâchez que M. de Créqui ne quitte pas le Louvre* avant que j'aie pu le voir.
M A D A M K D E c A Y I. r S , sortant.
Comptez sur moi.