G 0 AI B A U L T
Que voulez-vous, madame! les portes s'ouvrent devant moi comme par enchantement, les laquais me livrent passage...
LA MARQUISE, à part.
Ils auront cru que c'était leur maître.
GOMBAULT
Quand on a un peu d'imagination... le moyeu de résister au charme, à l'imprévude lasituation... Il me semblait que l'animal maudit... que je bénirai toute ma vie, avait une espèce d'inspiration... de seconde vue... Et je ne me suis pas trompé.
I,A M A no II SE.
Ainsi, monsieur, au lieu do vous repentir d'avoir troublé mon repos... de m'avoir compromise, peut-être...
OOMBAl LT.
Vous compromettre !... Ah! dites un mot, madame, et je me retire à l'instant.
LA MARQUISE, à part.
Ciel! lui aussi n'est-il pas poursuivi, menacé!... S'il allait rencontrer les gens qui cherchent M. de Créqui... (Haut.) Non, non, monsieur, vous ne devez pas, vous ne pouvez pas encore partir. GOMBAULT, à part.
On me retient!... Oh! mais c'est très-bon signe. (Haut.) Mon cœur ne m'avait pas trompé, madame, vous êtes aussi bonne que jolie, et ma reconnaissance... (11 fait im pas vers le sofa.)
LA MARQUISE
Arrêtez, monsieur... Je vous permets de rester... je vous l'ordonne, même...
GOMBADLT.
Vous me l'ordonnez!
LA MARQUISE
.Mais à une condition...
Oh! dix! madame, cent, mille, si vous voulez!
LA MARQUISE
C'est que tant que vous serez ici, vous vous mettrez à ma discrétion, promettant d'obéir...
Aveuglément, madame; mais n'abandonnorezvous pas cette cruelle réserve, ne pourrai-jc enlin vous voir?
LA MARQUISE, vlvemeut.
Oh ! cela est impossible!
GOMBA ULT, à part.
Diable ! je ne suis pas aussi avancé que je le croyais. (Haut.) Impossible!... c'est ce que vous exigez qui est impossible!... Mais oui, vous avez raison, ne m'accordez pas tousles biens à la fois... Et tenez, il me vient une excellente idée... permettez que j'approche un peu...
LA MARQUISE
Mais non, monsieur, mais non.
GOMBAULT
Ne craignez rien , madame, je ne demande plus à vous voir... c'est pour vous faire passer des armes contre moi... un masque que je vois là... (Il va le prendre sur la petite table près du sofa.) Je vous en prie, prenez-le, et que ce soit du moins la seule barrière qui reste entre nous. (Il le pique au bout de son cpée.) Oh!... je ne regarderai pas... je vais vous le présenter à distance respectueuse. (Les rideaux s'eiilr'ouvrent légèrement; après avoir donné le masque, retirant son épùp, à part.) Il paraît qu'on acce|)te mes propositions de paix. Maintenant, malgn'' son masque, il faudra bien ((uc je sache (pii elle est.
LA MARQUISE, sortant de derrièn» les rideaux, iiiasfpiiie, et passant devant lui.
Eh bien ! monsieur, me voilà !
GOMBAULT, à part.
Que vois-je!... Cette taille... cette tournure... (Haut, s'approchanl.) Ali ! madame, que de bontés!...
LA MARQUISE
J'espère que vous vous en rendrez digne.
GOMBAULT, à part.
Plus je la regarde, plus il me semble... Mais non, c'est impossible... n'ai-je pas vu Créqui partir avec madame de Navailles... Cependant... LA :\IARQUISE, à part.
Comme il m'examine!... (Prenant un fauteuil, à Gombault.) Asseyez-vous, monsieur...
GOMBAULT
Oh! madame, je serais bien mieux à vos genoux!
LA MARQUISE
Je ne vous permets que de vous asseoir... Mettez-vous là... et causons un peu... de votre départ.
GOMBAULT, s'asseyant.
Déjà!
LA MARQUISE
D'abord, il aura lieu quand je voudrai... comme je voudrai... avec toutes les précautions que je croirai nécessaires à votre sûreté... et à la mienne; sans observation, sans résistance, et en vous engageant à garder le plus profond secret sur votre visite en ces lieux.
GOMBAULT
Il me serait assez dilïicile de le trahir; j'ignore où je suis, qui vous êtes.
LA MARQUISK.
Enfin , vous allez me jurer do ne faire jamais aucune tentative pour me revoir.
GOMBAULT
Avant de vous avoir vue?
LA MARQU ISE.
Vous hésitez ?
GOMBAULT, se levant.
Au contraire... je jure désormais de ne pas vivre un jour, une heure, une minute, sans chercher les moyens de me rapprocher de vous.
LA MARQUISE
Après vos promesses de tout à l'heure?
GOMBAULT, se rasseyant.
J'ai promis de vous obéir tant que je serai ici... (Avec prière.) Ne me renvoyez pas...
LA MARQUISE
Et qu'espérez-vous d'une pareille obstination?
GOMBAULT
La lin di; maux qui, pour moi, vont conmienccr demain; car, à présent, votre souviMiir me poursuivra partout...
Ail : l'est trop fort! Tenez, regardez, monsiour, ces tablettes que vous d(!stiuiez à la reine! (Elle les lui donne.)
«iOM BA IL T.
La reine?
LE CHEVAL DE CliKQUl.
l.A MAKQllSK.
Oui, la rcino ! Je sais votre passion, vos espérances...
Moi ! Tainicr autrement que comme un sujet respectueux !... On vous a trompée, madame; ces vers ne sont pas pour elle. (Il lui rend les tablettes.)
I,A M AnOl ISE.
Mais quand vous diriez vrai, ils ne sont pas non plus pour moi, apparemment?
Mon Dieu !... je n'en sais rien.
■LX MARQUISE
Voil;\ qui devient curieux, par exemple!
GOMBAUI.T.
Ces vers m'ont été inspirés par une femme qui m'est apparue il y a six mois, en Auvergne, comme on rêve les anges !...
i.A MARQUISE, à part, avec joie.
Il ne m'avait point oubliée !
GOMBAULT
Et dont le souvenir remplissait mon âme sans partage, lorsque hier... dans les salons du Louvre.,.
Hier!
GO MB Ai; L T.
J'ai éprouvé les mêmes transports , la même émotion, en apercevant...
LA MARQUISE
Qui donc, monsieur?
GOMBAULT
La marquise de Navailles.
LA MARQUISE, à part.
Il m"aimerait !
GOMBAULT
Et depuis ce moment j'ai senti que mon inconnue allait avoir une rivale qu'aucune autre femme ne pourrait plus me faire oublier.
LA MARQUISE, gaxment.
Ah çà! monsieur!... et moi?