LE CHEVAL DE CRÉQUL
que vous ify pcrdioz votre peine, et que le pauvre garçon ne soit ensorcelé tout à fait.
LA MARQUISE, avec joie.
Oh ! si cela citait !
MADAME DE CAVLUS.
Ce serait dommage; il est évident qu'il a eu affaire à une coquette.
I,A MARQUISE
N'importe, Maissez-moi faire, et cachez-vous à votre tour.
MADAME DE CAYLDS.
Voyons. (Elle se retire et se cache derrière la tapisserie.)
LA MARQUISE, s'approchanl de GombanU.
Il paraît, monsieur, que les songes ont un grand charme pour vous, puisque vous vous endormez ainsi en présence de la réalité.
GOMBAULT, sortant de sa rêverie.
Qui m'a parlé? (La marquise se désigne.)
G 0 M B A u LT, avGC trislesse.
Vous!... Ah! il m'avait semblé.., j'avais cru... (Il regarde autour de lui et court au fond. Revenant.) Non... personne... Et cependant...
LA MARQUISE, à elle-même.
0 mon Dieu, je vous remercie : il n'a pas oublié ma voix !
G o M B A U L T, à la marquise.
De grâce, madame, quelqu'un serait-il entré dans cette galerie? (La marquise fait signe que non.)
GOMRAULT.
Oh! répondez, répondez, madame! Que je vous entende encore, ne me refusez pas ce bonheur.
LA MARQUISE
Savez-vous que vous êtes bien capricieux!
Air : Guarda que bianca Luna (Carui.li).
Ah ! de votre galanterie, Dont je fais l'épreuve en ce jour, Permettez, monsieur, que je rie.
Vous qui parle/, ici d'amour; Car, tout à l'heure, à l'instant même, Pour moi c'est assez peu flatteur.
Vous dormiez d'une ardeur extrême Vis-à-vis d'un si grand bonheur.
GOMBAULT, qui a écouté avec ravissement. Oh! oui, et le plus grand que j'aie jamais éprouvé... Cette fois, je ne puis commettre d'erreur... c'est vous, c'est bien vous...
LA MARQUISE
Certainement, c'est moi, puisque je n'ai pas bougé d'ici.
Quoi, madame!... Mais qu'importe, je ne cherche pas à m'expliquer si cela est possible ! je vous entends, et je ne doute plus.
LA MARQUISE, à Gorabault.
Nous ne doutez plus?
GOMRAULT, continuant.
Non, madame, une apparence fugitive a pu d'abord me faire illusion un moment; mais à
présent que vous me parlez... que je vous vois...
LA MARQUISE
Vous me voyez! malgré mon masque?... vous me permettrez alors de vous faire compliment; mais pourriez-vous me dire comment je suis?
Oh! vous pouvez vous moquer de moi, madame, rire à mes dépens, me railler, m'injurier môme, je vous entends... je suis heureux.
LA MARQUISE
Mais vous évitez de répondre, monsieur; cela ne me dit pas...
GOMBAULT
Comment vous êtes, madame? ah! si j'osais... vous oubliez que le souvenir aussi a des yeux... votre présence me les a rendus; car, madame, malgré tout ce que vous pourrez dire, et quoique je ne puisse pas l'expliquer, tout à l'heure, ce n'était pas vous qui me parliez, non ce n'était pas vous, et l'obscurité pour moi était complète : rien de ce qui charme, séduit, entraîne ne m'avait encore ouvert les yeux.
MADAME DE CAYLUS, sortant vivement de derrière la tapisserie. Monsieur Gombault, vous êtes un impertinent!
GOMBAULT, à part.
Madame de Caylus!
MADAME DE CAYLUS, continuant.
Et de plus une pauvre dupe!... oui, monsieur; car madame n'a pas plus que moi des droits sur un passé... beaucoup trop poétique pour nous, et que votre imagination... nous venons d'en faire l'épreuve , vous rendra toutes les fois que vous voudrez.
GOMBAULT
Qu'entends-je?... mais non, non; je ne puis croire...
MADAME DE CAYLUS
Il en doute encore...
GOMBAULT, à la marquise.
Serait-il bien possible, madame?
LA MARQUISE, ôtant SOU masque.
Jugez-en vous-même, monsieur.
GOMBAULT
Madame de Navailles! vous! vous!... tant de bonheur mo serait promis! ah! ne me dites pas que j'ai rêvé. (Il tombe à ses pieds.)
MADAME DE CAYLUS
Il persiste encore! détrompez-le donc, ma clière.
LA MARQUISE
Que voulez-vous? il a l'air si heureux... je n'ose plus.
Ah!... (Il couvre sa main de baisers.)
MADAME DE CAYLUS, à la marquisp.
Si c'est comme cela que vous les guérissez !...