EL KO MOUE
Tandis que les nôtres nous quittent. (Entrée de Fémi «t (les négresses qui préparent le hamac peiidaiil tonte la tiii de ceUe scène.)
MADEMOISELLE HÉBERT
Ah ! voici vos négresses!
ÉLÉONORE
Tant mieux ! je suis brisée, et mes paupières sont lourdes de sommeil. Fémi n'aura pas, je crois, be oin de me bercer pour m'endormir... (A Fémi.) Eh bien! fes-tu informée? as-tu demandé?
l'ÉM I.
Oui, maîtresse, le brave homme (pii nous reçoit si bien, c'est le mulâtre.
MADEMOISELLE HÉBERT et ÉLÉONORE.
Un mulâtre! lui! mais il est plus blanc que M, de La Rebelière.
FÉMI
Il ne faut pas que cela vous étonne, il y en a beaucoup comme cela.
ÉLÉOXORE.
Et tu es bien sûre?...
FÉMI
Oh! oui, maîtresse... je me suis bien fait expliquer... c'est le même dont nous a parlé M. Mathieu, et qui a sauvé votre habitation des flammes.
MADEMOISELLE HÉBERT
Donatien!
FÉMI
Justement.
ÉLÉONORE
Il se pourrait!... cet homme qui s'exprime si bien... qui est mieux que nos colons les plus distingués... cet homme qui s'est conduit si noblement... qui a des sentiments... un esprit si élevés !...
Voilà qui renverse un peu vos idées de créole, n'est-ce pas, ma bonne petite? Et que serait-ce, si, comme moi, vous aviez entendu ses louanges dans toutes les bouches?
ÉLÉONORE, pensive.
Des esclaves qui bénissent leur maître: ce n'est pas comme à La Rebelière.
MADEMOISELLE HÉBERT
Enfin, si vous saviez qu'il n'a pas besoin de fouet ni de supplice pour obtenir le travail de ses nègres ?
ÉLÉONORE
Ah! sitôt que je serai majeure... j'abolirai tout cela pour les miens.
FÉMI, à Éléonore.
Maîtresse, voulez-vous que je vous aide?
ÉLÉONORE
Non, non, je me jetterai tout habillée dans mon hamac... Allez vous reposer.