SCÈNE V
ELÉONORE, FKMI, puis LA REBELIKRE.
ÉLÉONORE, dans le plus grand trouble et à mi-voix.
Fémi, Fémi !
l'ÉMI.
Me voilà, maîtresse.
ÉLÉONORE, très-agitée.
Cours dire à mademoiselle Hébert... que tu trouveras... du côté de l'esplanade...
FÉMI
Que dirai-je?
ÉLKONOllE.
Tu diras... (après avoir regardé du côté dn cabinet rien... non... je ne veux pas que tu parles. (A part.) Je ne veux pas qu'elle sache... (Haut.) Attends, attends... (Elle regarde encore, court à la table, et écrit rapidement.) « Mon tuteur est de retour, ne venez <i pas. »
LA REBELIÈRE, revenant à Éléonore,
qui se relève, bru.-quement.
Vous voyez que je n'ai pas tardé, ma ciière. ( 11
lui prend la main; elle n'a que le temps de parler tri-s-
bas à Fémi en lui montrant le papier qu'elle vient d'éciin-
et dont elle est déjà séparée.)
É LÉON OR i:.
Prends! val
FÉMI, qui n'a pas entendu.
Plaît-il, maîtresse?
LA REBELIÈRE, prenant Éléonore par les deux mains. Quand on a été si longtemps éloigné de vous, ce n'est pas en une fois qu'on se rassasie du plaisir de vous voir.
ÉLÉoxoRE, à part.
Je tremble!
FÉMI, près delà table.
Qu'est-ce qu'elle m'a donc dit?
LA REBELIÈRE.
Mais j'en reviens au goût que ces lieux vous ont donné pour la retraite. La solitude n'est pas aussi complète que je croyais d'abord.
ÉLÉONORE, à part.
0 mon Dieu !
LA REBELIÈRE.
Quelle est donc cette case neuve là-haut sur la montagne? (La conduisant par la main et montrant du doigt.) Ne voyez-vous pas ce toit rouge, à la crête du rocher?
Oui, monsieur.
LA REBELIÈRE.
Vous avez donc un voisin?... Comment s'appelle-t-il?
ÉLÉo\ORE, avec une froideur affectée.
C'est un mulâtre nommé Donatien.
LA REIÎELIÈRE, SOulagé.
Ah: oui, ce Donatien!... Je conçois, ma chère Éléonore, que vous ne m'ayez point parlé d'un pareil voisinage. Un mulâtre ! autrefois, on ne voyait guère que des noirs et des blancs; aujourd'hui , cette race mêlée est partout. •