ACTE CINQUIÈME
ÉLÉO.NORE, parcourant des yeux le livre avec anxiété.
0 mon Dieu !
LA REBELIÈRE.
Messieurs de la maréchaussée, faites votre devoir.
PALE ME, se rapprochant.
Alors, je ferai le mien.
ÉLÉO\onE, qai, pendant ce temps, a toujours eu les
yeui attachés sur le livre, et dont la flgui'e bouleversée
resplendit tout à coup, s'élançant entre les soldats et
Donatien.
Non, non, vous ne toucherez pas à cet homme! (Profond silence. Palèiue reste en suspens comme les autres.) A votre tour, lisez... Tout esclave qui épouse une femme libre est libre de droit. Eh bien ! moi, Éléonore de Kerbran, femme libre, femme blanche, femme noble, j'épouse l'esclave Donatien! L'esclave est libre de droit... (Lui présentant le Gode.) C'est écrit, monsieur, c'est la loi !
TOUS
Vive mademoiselle de Kerbran!
DONATIEN
L'ai-je bien entendu?... elle... elle, ma femme!
Brave fille! (Stupéfaction générale.)
LA REBELIÈRE.
Quoi! vous! vous, ma pupille? (En ce moment, on entend sonner midi à l'horloge de Saint-Pierre.)
ELEO^ORE.
Je ne la suis plus, monsieur; écoutez l'heure qui sonne! aujourd'hui, en ce moment, j'ai seize ans accomplis... je suis majourel... je suis lil)ro de ma personne et maîtresse de ma volonté! T 0 1 s.
Vive mademoiselle de Kerbran!
LA REBELIÈRE, à part.
Ma vengeance m'échapperait!
DONATIEN
Ainsi donc, Éléonore, je vous appartenais... j'étais votre esclave !...
ÉLÉONORE
Et vous êtes mon maître! Venez... votre bras, monsieur. ^La foule s'ouvre avec respect pour leur faire place et fait retentir de nouveau le cri de : « Vive madeniniselle de Kerbran ! vive le nuilâtic ! n — Éléonore, passant devant sou tuteur, resté muet et consterné.) Eh bien! monsieur, vous aviez pourtant juré de le faire mourir sous le fouet du commandeur! LA REBELIÈRE, avec rage.
Ce sera donc sous le fer de mon épée! (Il se précipite vers Donatien l'épée haute.)
PALÊxiE, qui a suivi ses mouvements, l'abattant d'un coup de poignard; froidement.
Pas davantage.
FIN nu M A U C H K I> K S A I N T - P I B R R li.
UNE JOURNÉE CHEZ MAZ/VRIN