G II É N A L D
Oui, madame la comtesse, je suis doux, indulgent... comme homme; mais comme médecin!...
LA COMTESSE
Eh bien ! comme médecin, il faut vous calmer, vous ménager pour votre illustre client... Songez donc!... si vous tombiez malade, qu'est-ce qu'il deviendrait ?
DE VALLON, à part.
Il profiterait de cela pour guérir.
LOUISE
Et comment Tavez-vous trouvé ce matin ?
GL ÉNALD.
Mal, très-mal... au physique... et surtout au moral... car il est d'une humeur... Malheur au pauvre diable qui lui tomberait aujourd'hui sous la main ! (Mouvement de frayeur de Louise et de la comtcss'î.)
DE VALLON, à part.
Me voilà bien !
GlJÉNAUD.
Ne s'est-il pas oublié jusqu'à s'emporter contre moi!
LA COMTESSE
11 faut qu'il soit bien sûr de votre dévouement!
GLÉNAUD.
Sans cela, m'aurait-il fait l'honneur de me nommer son médecin ordinaire etdeme loger dansson hôtel, afin d'être plus à portée de recevoir mes soins à chaque instant du jour et de la nuit?... Et Dieu sait si c'est une sinécure !
LA COMTESSE, avec iatctition.
Dieu sait aussi qu'il vous serait beaucoup plus agréable d'être le médecin d'un autre personnage, encore au-dessus du premier ministre...
GUÉNAi'i), souriant en solliciteur.
Je vois que madame la comtesse a deviné le but de mon ambition...
LA COMTESSE
Bien légitime, docteur!... Un mérite comme le vôtre... Jamais occasion ne fut plus favorable: le premier médecin du roi vient de mourir... exprès, sans doute, pour vous céder la place.
11 a voulu se traiter lui-mùme.
DE VALLON, à part.
On n'est pas plus obligeant!
LA COMTESSE
Et quel avantage d'avoir pour malade un jeune homme qui se porte toujours bien, d'une humeur toujours égale...
G li É N A D D, galmeut.
Mens sana...
DE VALLON, achevant.
In corpore sano...
GUÉNAUD, regardant de Vallon.
Ah ! ah ! quel est ce gentilhomme que je n'avais pas aperçu?
LA COMTESSE, à part.
Étourdi!... (Haut.) Ce gentilhomme...
LOUISE, à part.
Je tremble !
LA COMTESSE, Cherchant.
Ce gentilhomme?... docteur... (Vivement, avec assurance.) C'est votre neveu.
GUÉNAUD, stupéfait.
Mon neveu!...
DE VALLON, riant.
Oh! la bonne folie!
GUÉNAUD, souriant.
Je vois que madame la comtesse aime à plaisanter.
LA COMTESSE, sérieusement.
Je vous le répète, mon cher Guénaud, c'est un neveu que je vous présente.
GUK.\AUD, souriant toujours.
11 n'y a qu'une petite ditliculté, c'est que je n'ai jamais eu ni frère ni sœur, et qu'alors...
LA COMTESSE
Qu'importe?... Le hasard... qui sait?... et d'ailleurs, ce neveu, si ce n'est point à la nature que vous le devez, c'est au malheur, dont les titres ne sont pas moins sacrés...
GUÉNAUD
Je ne comprends pas.
LA COMTESSE, à demi-voiï.
Monsieur... est le chevalier de Vallon.
GUÉNAUD, avec effroi.
Le chevalier de Vallon !... proscrit par le parlement... et l'ennemi du cardinal !... ici !... dans ce palais!!! 0 imprudentia !
LA COMTESSE
Et où voulez- vous qu'il aille sans être pris? Et je ne veux pas ([u'il le soit!... Pour cela, il faut donc absolument qu'il passe pour votre neveu.
UNE JOURNÉE CHEZ MAZARIN
ai
GO ENACD.
Quoi! vous voulez?... îMais sonfçcz donc, madame la comtesse! le cardinal ne mo le pardonnerait jamais... Il m'est vraiment impossible de mo prêter à un pareil stratagème.
LA COMTESSE, piquée.
Ainsi M. Guénaud renonce à être le premier médecin de Sa Majesté?...
GUÉNAliD.
.le ne dis pas cela.
LA COMTESSE
C'est moi qui le dis.
MAZARIN, dans la coulisse.
Je ne le donne pas à un liard de moins.
TOUS, avec effroi.
Le cardinal !
LA COMTESSE, à Guéuaud, avec résolution. Il n'y a plus à hésiter, Monsieur est votre neveu... un jeune médecin qui vient de Montpellier pour se former h vos leçons... vous seconder dans vos travaux... Vous m'entendez?... Une bonne ou une mauvaise action... Ma reconnaissance ou ma iiaine... Choisissez !
GUÉNAUD, à part.
Que résoudre? La haine de la comtesse de Soissons!