I.A COMTESSE
.Eh bien! \<^ gentilliomme de la rue Saiiit-Aiitoine qui m'a rendu un si grand service... c'est M. de Vallon.
MAZARIN
M. de Vallon !
LA COMTESSE
Et je VOUS demande pour lui la main de Louise.
MAZARIN, à part.
Nous y voilà ! (Haiit.) Et tu viens me proposer de me remettre en échange certain écrit...
LA COMTESSE, à part.
Nous y voici !
MAZARIN, continuant. '
Car tu ne voudrais pas risquer de perdre un oncle qui t'a toujours comblé de tendresse et de bienfaits.
LA COMTESSE
Qui? moi? Oh! j'en suis incapable. (A part.) Je le tiens. (Haut.) Mais une femme, voyez-vous, a la tête légère... elle a ordinairement fort peu de soin de ce qu'on lui confie... fût-ce un papier de la plus haute importance... et qui peut affirmer qu'un beau jour, sans le vouloir> je ne laisserai pas tomber l'objet en question, juste sur les pas de votre plus mortel ennemi, qui n'aura qu'à se baisser pour le ramasser?
MAZARIN, à part.
Ah! ma nièce, vous osez me menacer! (Haut.) Fort bien... mais il ne me serait peut-être pas bien difficile non plus de laisser tomber, sans le vouloir aussi, sur les pas de ton plus mortel... de ton époux, par exemple, certaine lettre.,, écrite de ta main... et adressée...
LA COMTESSE, viveiiu-nt.
A qui, mon oncle?
MAZARIN
Comment! à qui? ah! ma bonne amie! prends garde, une pareille incertitudo de la part pourrait faire supposer... Enfin je suis bien aise ([ue tu saches... que j'ai là, quelque part... comme toi, en lieu sur... (Il prend adroitement sur la table une feuille de papier blanc, que, toul en parlant, il plie en forme de lettre et glisse dans son iiourpoint.) de quoi me montrer aussi bon oncle que in ti" moniieras bonne nièce.
LA COMTESSE, inquiète, à part.
Ma dernière lettre peut-être au comte de Nogent... oh ! si mon mari... je serais perdue. (Haut.) Vous n'abuserez pas...
M A z A R 1 \ , jouant avec la fausse lettre qu'il tire à
moitié pour la faire voir.
Cela te regarde. (Trémolo. — L'horloge sonne. — A part.) Qu'entends-je? l'heure de ma réception!... et je n'ai pas encore le maudit papier !
LA COMTESSE, à part.
C'est qu'il est capable de tout! Oh! quelle idée! eh bien ! non, il ne l'emportera pas. (Haut.) Songez que c'est vous qui me forcez à trahir ces pauvres jeunes gens, et que cette mauvaise action retombera sur vous.
MAZARIN
Je prends le i)éché sur moi. (A part.) Un de plus ou de moins...
LA COMTESSE
Aucun autre moyen de ravoir...
MAZARIN, tendant la main.
Aucun, cher ange; donne.
LA COMTESSE
Un moment, et ma lettre?
MAZARIN
C'est juste. (Il lui donne le papier.) Tu le vois, je ne suis pas défiant, je commence : à tgn tour maintenant.
LA COMTESSE
Voici. (Elle lui donne un papier.)
MAZARIN, avec triomphe.
Enfin !
LA COMTESSE, qui a ouvert vivement.
Que vois-je!... une feuille blanche.
MAZARIN, même jeu.
Que vois-je! une chanson... et contre moi, encore !
LA COMTESSE
Ah! mon oncle, vous vous êtes moqué de moi!
Eh mais!... il me semble ([uc de ton côté...
LA COMTESSE, avec abandon.
Je n'avais rien de mieux à vous offrir.
MAZARIN, de même.
Ni moi.
LA COMTESSE, vivoment.
Comment! vous n'aviez pas ma lettre?
MAZARIN, de même.
Comment! tu n'avais pas mon écrit? (Ils [partent tous les deux d'un éclat de rire.)
scî:ne XIX.
Les Mêmes, Dames, Courtisans.
A lit du ('licrteuil.
.\h! quoi plaisir! ali ! quoi Imnhour ! \a jeu Monscigmiui- nous convie!
Perdre, alors qu'on fait sa partie, n'est encore avoir du bonheur.
l NE JOURNÉE CHEZ MAZARIN.
MAZAniN, s';iv;inr.int vers les courtisans. Soyez lcsl)i{'nvcnus comme toujours, messieurs. C'est l'inti^rôt que vous portez à ma santé... et à mou argeut qui vous amène ici ! nons tàclierons de paicier l'une et de ne pas perdre l'autre. (A j part.) Oui sait? mon receleur est pcut-C'tre au milieu de ces gens-là. (liant.) Messieurs de Saint- Luc, de Montnicillan et de Houvroy, vous me devez une revanche, prenons place. (Les trois courtisans s'asseyent; Mazarin s'étend snr une cansense , la comtesse enveloppe ses pieds dans nu grand mantean qu'elle jette sur lui, puis se place derrière la causeuse, pour suivre le jeu de son oncle. Les courtisans se disposent en groupe connne dans le tableau de Delarocbc. A |iart.) Je jouerais bien 100 000 écus contre cette maudite promesse! (Aux joueurs.) Garde à vous, messieurs, mon jeu est superbe! espadille!... manille et bastc!