SCÈNE XX
Les Mêmes, LOUISE, puis DE VALLON, puis GUÉNAUD.
LO u 1 s K , accourant, bas à la comtesse qui, en la voyant, est venue au-devant d'elle.
Il faut que je vous parle, madame.
MAZAiiiN, jouant.
Cœur... trèfle... (A part.) Ah! ah ! Louise.
LOUISE
11 y va du sort de M. de Vallon et du mien !
MAZARIN
Et carreau... la vole!
LA COMTESSE
Qu'est-ce donc? mon enfant, expliquez-vous, qu'y a-t-il?
M A z A R I \ , regardant.
Eh! mais, quel air d'émotion!
LOUISE, de même.
M. de Vallon, craignant d'ûtre conduit dans une prison d'État, redoutant quelque surjirise, quelque violence, m'a remis un papier dont il vous a parlé, et qu'il dit être pour nous de la dernière importance.
MAZARIN, à part.
Que dit-elle donc h ma nièce? s'agirait-il?...
LOUISE
Et comme je tremble de le garder en ma possession, je viens en toute hâte vous confier ce dépôt.
MAZARIN, se levant, à un seigneur.
A vous, monsieur. (Il s'approche de sa nièce.)
LA COMTESSE
Oh! il n'y a pas un moment à perdre; donnez vite! où est-il?
LOUISE, s' apprêtant à le tirer de son sein. Le voici.
LA COMTESSE, apercevant Mazarin qui s'est approché à pas de loup.
Laissez-le là. (Arrêtant le bras de Alazarin qui va prendre le papier, et passant entre lui et Louise.) Ah ! mon oncle! (Prenant l'écrit elle-même.) Il n'y a qu'une femme (|ui puisse se permettre...
MAZARIN, furieux.
Olympe, remettez-moi cet écrit, je le veux... je l'exige!
LA COMTESSE, lui montrant les courtisans. l'renez donc garde, mon oncle ! ces messieurs nous observent, et vous ne voudriez pas, je suppose, leur apprendre le sujet de nos débats.
MAZARIN
Oh! quel supplice! tenir tout un royaume sous sa main, et ne pouvoir la mettre sur un chilien de papier!
LA COMTESSE
Rien de plus facile, au contraire : vous savez ce que cette enfant désire : dites une parole, et aussitôt...
MAZARIN, avec rage.
Oh ! que tu es bien ma nièce !
LA COMTESSE
Allons! mon oncle, décidez-vous.
LOUISE
Monseigneur...
MAZARIN , élevant la voiï.
Qu'on fasse venir le chevalier de Vallon ! (Aui courtisans.) Avant de contiimer notre partie, messieurs, j'ai une nouvelle à vous annoncer. (Ici de Vallon entre. A part.) Voilà le traître! (Haut, d'un air gracieux.) Approchez, chevalier. (Aux courtisans.) Oui, messieurs, c'est le chevalier de Vallon que je vous présente, non plus comme un proscrit qui a lompu son ban pour rentrer en France, mais comme un fidèle sujet qui, pendant son exil, a su rendre à Sa Majesté un signalé service. DE VALLON, Stupéfait.
Se mofiue-t-il?
LOUISE, bas à la comtesse.
Est-ce vrai?
LA COMTESSE, de même.
Du tout, c'est votre papier qui fait déjà son efl'et.
MAZARIN, continuant.
Aussi le roi me cbarge-t-il, monsieur, de vous complimenter sur votre belle conduite.
DE VALLON, à part.
Ma belle conduite!
Et à cette occasion, je suis heureux, pour ma part, de donner mon consentement à votre mariage avec ma chère pupille.
UNR JOIRNÉE CHKZ MAZARIN.
DE VAl. L0.\.
Se pourrait-il ?
i.OiiiSE, courant :i Maziirin.
Ah ! monseigneur.
GiiÉNAUD, qui vient d'pntrer avec une (jsse :i la main.
Qii'entends-je! il consent...
DK VALLO\, de même.
Ail! monseigneur, vous m'avez vaincu.
MAZAniN, à part.
Oui, et le v;iinr[neur paye les Trais de la guerni. (Haut.) Nous célébrerons la noce à votre retour de la cour d'Kspagne, près de laquelle vous aile/ remplir une importante mission.
LA COMTESSE, présentant le papier à de Vallon.
Dont voici le brevet signé de Sa Maiesti\
M AZ Ali IN, qui a coustammeat tendu la main vers elle pour l'obtenir, le saisissant au passage.
Et que je vous remettrai moi-môme demain, en vous donnant mes dernière-; instructions. (A part.) Enfin, je le tiens! (Avec menace, 'd la comtesse.) Tu mériterais... mais j'ai donné ma parole... il faut bien une fois...
G u É N A (I D , présentant la tasse au cardinal.
Monseigneur, si vous vouliez reprendre...
M A Z A n I N , indiquant lu papier.
Reprendre?... C'est ce que je viens de faire... et sans toi, Guénaud. (Aux courtisans.) Allons, messieurs, nous pouvons, niaiiiteniuit, continuer notre partie.
J'ai gagné la mienne.
FIN DUiNK JOIJKNEE CHEZ MAZAlilN,
LA POLKA EN PROVINCE