SCÈNE XI HIPPOLYTE, STANISLAS
HIPPOLYTE
Eh bien'? il nous laisse seuls...
LA POiAA KN l'RÛ\ INCE.
STANISLAS
Ne dois-je pas vous donner une consultation... vous guérir? N'ayez donc pas peur, ma charmante cousine. Je suis médecin, mais très-bon enfant... J'ai étudié beaucoup les affections de la femme... Je n'ai même étudié que ça... où la votre vous tient-elle?
HI l'POLYTE.
Partout, mon cousin.
STA M s LA s.
Partout?... diable! case complique.
HiPPOLYTE, soupiiant.
Ah ! mon cousin, vous êtes bien savant, mais je doute qu'il vous soit possible...
STANISLAS
Lorsqu'il s'agit d'une cousine que j'estime, que j'aime !...
HiPPOLYTi:, à part.
1! a l'air do dire la vérité.
STANISLAS
Mais je n'ai pas l'habitude d'avoir du talent quand je suis debout... (La conduisant vers un siège.) Soyez donc assez bonne pour prendre place à côté de moi... (Il s'assied.) et surtout, ayez de la confiance, de la franchise, de l'abandon... (La faisant asseoir près de lui.) Bien ; maintenant, donnez-nioi votre bras... (Hippolyte lui tend le bras.) Pas comme ça... donnez-moi votre bras... par la main... (Prenant la main d'Hippolyle, il la baise.) une main en parfaite santé. A présent, ouvrez-moi votre cœur... répondez à toutes mes (|uestions, et ne me dissimulez aucune de vos souffrances... Quel âge avezvous?
HIPPOLYTE
Seize ans et demi, mon cousin.
STANISLAS
Kn voilà une souffrance que je n'ai plus! Seize ans et demi ! c'est l'âge que j'aime... à guérir. Avez-vous quelquefois aimé... quelqu'un?
Jamais.
STANISLAS
Vraiment!... (A part.) quel bonheur! (Haut.; (juoi !.. pas un seul petit Château-Chinois ne vous a encore donné dans l'œil'?...
HIPPOLYTE, riant.
Ah! bien, ils sont bien trop laids pour ça!... (Tristement.) l£t puis ce n'est pas tout, il y a encore un vieux que mon père veut me forcer... à épouser... un coutelier.
STANISLAS
Allons donc! allons donc! épouser une ninuiic, une lame de couteau ébréchéc^ ! Je ne souffrirai pas... Je parlerai à mon oncli,' , à votre père... il m'estime, il m'aime, votre père, au moins ça doit ^tre, et quand je lui aurai dit que je connais votre mal, que j'ai un moyen...
IIIPPni.YTr.
Pour que je n'i'pouse pas!... Oli ! in(li(|iie/-lemoi bien vite, et quelf|ue désagréable f|u'il soit...
STANISLAS
Mais il n'est pas désagréable du tout. C'est une médecine bienfaisante, âgée de vingt-cinq ans, ayant fait toutes ses études et parlant toutes les langues, surtout celle du cœur.
HIPPOLYTE, à part, avec joie.
Serait-ce lui, et voudrait-il ?...
Hein?... est-ce que ma médecine vous ferait l'effet d'une pilule? Il faut le dire, j'en ai d'autres, plusieurs autres même, fontes excellentes contre les humeurs noires. D'abord, j'ai à vous offrir la noble et irrésistible polka.
HIPPOLYTE, très-vivement.
Lu polka ! dont toutes nos dames parlent depuis deux jours, et dont je rêve depuis deux nuits? Quel bonheur !
STANISLAS
Je vous l'apprendrai... Voulez-vous que je vous l'apprenne?
HIPPOLYTE, vivement.
Oh! bien volontiers!... Mais c'est que je ne saurai pas danser comme à Paris, moi.
STANISLAS
Ça ne fait rien... vous danserez comme à Châtcau-Chinou... Vous y êtes... Y êtes-vous ?
Air des Farfadets.
Donnez-moi votre main.
Et de votre cousin
Suivez bien les leçons Qu'il donne au doux bruit des chansons. Pour commencer, il faut vite, en cadence, Par quatre temps marquer vos mouvements. Aller, venir, puis avec élégance, A mes pas vifs mêler vos pas charmants.
HIPPOLYTE
Tenez, voilà ma main.
Oui, de mon cher cousin
Je suivrai les leçons Qu'il donne au doux bruit des chansons; Me voilà prête, et si ma Rauclierie Trompe l'espoir d'un maître intelligent, Ne riez pas de moi, je vous en prie, C'est mon début, il faut être indulgent.
Reprise.
Donnez-moi, etc.
Tenez, voilà, etc.