ERNESTINE, ADÈLE DE VAURO
ADÈLE, entrant.
Ma chère Ernestine!... que j'ai de plaisir à te revoir!...
ERNESTINE
Et moi, comme je suis contente!... ma meilleure amie de pension!... comment et depuis ([uand es-tu donc à Paris?
ADÈLE
.l'y suis arrivée avec mon père, il y a huit jours.
ERNESTINE
Et tu ne viens me voir qu'aujourd'hui!...
ADÈLE
Pardonne-moi, ma bonne amie, ce n'est pas ma faute : à peine arrivé, mon père a été malade, et il m'a fallu rester auprès de lui.
ERNESTINE
Ah!... et où logez-vous?
ADÈLE
Chez le général Jumilly.
ERNESTINE
Vraiment?... mais il n'est pas à Paris.
ADÈLE
Il arrive aujourd'hui même : c'est l'ancien compagnon d'armes et le plus intime ami de mon père. Il n'y a pas f|uinze jours encore, il demeurait chez nous à La Rochelle.
ERNESTINE
Quel homme aimable! quel noble caractère que M. de Jumilly!...
Oui, je sais ([ue tu le connais; il nous a beaucoup parlé de madame la duchesse de Langeais, ta sœur. J'ai deviné même que le général... ERNESTINE, mystérieusement.
Tu as deviné juste.
ADÈLE
Mais j'ai cru voir que ça ne le rend pas heureux.
ERNESTINE
Ah! dame! il paraît que l'amour ne fuit pas toujours le bonheur.
ADÈLE, soupirant.
A qui le dis-tu, ma chère Ernestine?
ERNESTINE
Comment !... est-ce que tu l'aurais appris à tes dépens?
ADÈLE
Hélas! oui, ma bonne amie!
ERNESTINE
Conte-moi cela.
ADÈLE
Non, plus tard! Qu'il te suffise aujourd'hui de savoir que je devais me marier, que mon prétendu a été obligé de faire un voyage, et qu'après un mois d'absence il a écrit qu'il renonçait à ma main, que de sérieuses réflexions le décidaient à manquer à ses engagements.
ERNESTINE
Voyez-vous ça... on ne devrait jamais iiermettre à son prétendu de voyager.
ADÈLE
Tu conçois tout mon chagrin? Mon excellent père, afin de me distraire, m'a amenée à Paris. Mais à cause de son indisposition, voici mon premier instant de liberté, et j'en ai profité pour te venir voir.
ERNESTINE
Et tu as bien fait!... Nous parviendrons, j'espère, à te faire oublier tout cela ici : et qui sait? tu trouveras peut-être beaucoup mieux que ce que tu as perdu.
ADÈLE
Ce n'est pas à, Paris, dit-on, qu'il faut chercher la constance,
ERNESTINE
Il paraît qu'elle est tout aussi rare en province.
ADÈLE
Oui !... les départements sont si pressés d'adopter les modes de la capitale !