‹ Théâtre de Alexis de Comberousse, précédé d'une noticeChapitre 85 sur 764 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

CÉCILE, CATHERINE, BRIOLET.

CÉCILE, entrant au fond et les apercevant; à part. Du monde!... toujours et partout!...

BRIOLET, à Catherine.

Si je trouve la mère cent fois plus jolie que la fille!...

CÉCILE, à part, s'arrètant.

Que dit-il?...

BRIOLET.

Pourquoj, je vous le demande, irai-je épouser la fille, quand c'est la mère qui me plaît !

CATHERIN E.

Mais, mon garçon, ça n'est pas possible.

BRIOLET.

Puisque c'est mon goût, à moi, il paraît que c'est possible.

Allons, allons, vous extravaguez.

BRIOLET.

Pas tant, pas tant; et si tout le monde ici avait fait comme moi...

cÉc ILE, à part.

Écoutons.

CATHERINE

Qui donc ici?

BRIOLET, d'un ton niystérieui.

Eh bien ! M. Li'opold!... Croyez-vous que lui, qui est un homme fait, qui a trente ans, n'aurait pas été plus heureux, si...

c \ Tii E n I N E, lui fermant la bmiclie avec la main.

Chut 1... Je m'en vais, car je n'en veux pas écouter davantage.

BRIOLET.

Et moi je vous suis, car j'en ai encore long à vous dire. ( Ils sortent par le fond. Cécile, qui s'est cachée derrière un arbre, arrive en scène.)

UN SECRET DE FAMILLE

SGE.NE 111.

CKCILIÎ, seule.

Ah!... jusqu'aux valets qui ont cotte pensive !... Il seiiihlo quo tous les yeux les aient lues ces lettres où est écrit le malheur de ma vie!... (Elle les lire de son sein, les regarde et les cache de nouveau.) Horrible découverte!... J'ai donc tout vu, tout compris!... Oh! mes souvenirs reviennent en foule aujourd'hui!... Près de moi sa contrainte, ses regards inquiets!... près d'elle, son empressement, sa confiance!... et je ne voyais rien !... Ah! il ne m'a jamais aimée! il ne m'aimera jamais... sa pitié peut-être? mais moi, je n'en veux pas de sa pitié... Pourquoi m'avoir enlevée à l'amitié do mes compagnes? J'étais heureuse au milieu d'elles; je pouvais l'être longtemps encore; je ne demandais rien, je ne désirais rien, que de ne pas souffrir... Pourquoi me jeter dans le monde comme un obstacle au bonheur de chacun? Eh bien, hrisez-Ie donc cet obstacle... Oh, cela ne peut durer ainsi !... Quel est donc ce mal cruel, inconnu, qui me torture et me déchire, qui ne me laisse pas un moment de repos ? Toujours la môme idée !... toujours ! Cette femme?... c'est ma mère... elle me chérit; clic ni"a tout sacrifié... Conmie elle est belle!... (Elle s'assied sur le banc, abîmée dans ses réflexions.)

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