‹ Théâtre de Alexis de Comberousse, précédé d'une noticeChapitre 86 sur 764 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

CÉCILE assise, MADAME DE LUCY,

arrivant par la gauche.

M.\D.\ME DE LUCY, apercevant de loin Cécile,

à elle-même.

Toujours triste et rêveuse ! mon Dieu, le sacrifice étaitpourtant bien complctetbien sincère!.,, me serais-je donc trompée?... je lui ai donné plus que ma vie... n'aurais-je rien fait pour son bonheur?... (Elle s'approche doucement du banc.) Cécile ! CKCii.E, se levant vivement.

Ah ! ma mèi-c !

M.VDAME DE LUCY.

Demeure, je vais m'asseoir.auprès de toi, restelà!... que nous causioos ensemble comme autrefois... quand tous tes petits secrets de jeune fille ne demandaient qu'un regard de ta mère pour s'échapper de ton cœur.

CÉCILE, assise près de sa mère, et repoussant ses caresses.

Mes secrets!...

MADAME DE LUCY

Oui!... Et maintenant tu en as un, j'en suis sûre, cen'est pas moi que tu pourrais tromper, moi qui lis dans ton âme comme dans la mienne. CÉCILE, faisant un mouvement.

Ah!...

MADAME DE LLCY.

Moi, qui, depuis seize ans, n'ai pas eu une pensée, n'ai pas formé un vœu qui ne fût pour ma fille bien-aimée!... oh oui , bien-aiméc !... Tu ne sais peut-être pas tout ce dont une raère est capa-

ble... tu ne sais pas tout ce qu'il y a de bonheur'-l pwir elle dans le sourire de son enfant, tout ce' qu'il y a de [leine et de serrements de cœur dans , sa défiance et sa tristesse?... Oh! ne me cache rien, .' confie tout à ta mère, parle, je t'en supplie! qu'as-tu ?

CÉCILE, se jetant dans ses bras.

Ma mère.

MADAME DE LLCV.

Kh bien ?

CÉCILE

Ma bonne mère !... ah ! oui... vous m'aimez, ce sont bien là. ces douces paroles, ces accents auxquels je n'ai jamais su résister, je suis toujours votre Cécile.

MADAME DE LLCY.

En aurais-tu douté?

CÉCILE, avec hésilalion.

■\Ioi ? non!... (Sa mère la regarde.) Non, jamais!

MADAME BE LUCY

Prouve-le-moi donc, en me faisant partager ton chagrin.

CÉCILE, troublée.

Mon chagrin?... Mais je n'en ai pas... je ne peux pas en avoir ! chérie par vous... qui pourrait le causer? Non!... vous le savez, dans les situations les plus lieureuses, il est des jours de mélancolie, d'abattement , dont soi-même on ignore le motif; c'est dans l'air... dans lecaractère, qu'importe?... pourvu que ce ne soit pas dans le cœur. MADAME DE LUCY, d'un air do doute.

Cécile !

CÉCILE, s'efforçant de sourire.

Tenez, regardez-moi, vous le voyez, c'est déjà passé...

MADAME DE LUCY

Oui!... tu t'efforces de sourire, et des larmes sont dans tes yeux.

CÉCILE, essuyant vivement ses yeux.

Des larmes?... oh ! vous savez bien que je suis encore une enfant, je ris, je pleure, et je serais souvent aussi embarrassée de rendre compte de mon sourire que de mes larmes.

MADAME DE LUCY, à part.

Je croyais pourtant les avoir toutes gardées pour moi !...

c É c I L E , se levant.

Adieu... ma mère.

MADAME DE LLCY, la retcûUlt.

Où vas-tu donc?

CÉCILE

Mais... je rentre.

MADAME DE L l C Y, se levant.

Et voilà comme tu me quittes L... (Cécile prend sa main qu'elle couvre de baisers.) Prends garde, mOQ enfant, un caprice a souvent détruit le bonheur de la vie!

CÉCILE, blessée.

Un caprice?... ah ! je n'ai pas de caprices.

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