I.ÉONABD
Ah: quoi donc"?
cÉciLi;, (le même.
C'est la cause de cette maladie.
LÉONARD
Klle a donc eu une cause particulière?... 'lu gardes le silence... à ton aise... Laisse-moi chercher... (Après un momeat.) Cependant, ta mère ne te mariait pas contre son gré... et tu aimais ton mari?
Olil oui, je l'aimais!
LÉONARD
Alors, une seule chose peut expliquer ta transforniaiion subite... ton humeur sombre, aigrie...
CECI LE
Mon oncle!...
Eh! oui, une seule chose... parbleu, c'est clair,
et j'étais un grand niais... la jalousie... c'est cela,
rien que la jalousie!... Tu as découvert ([ue ton
mari avait eu quel(|ue passion secrète avant son
mariage... ces jeunes filles, ça ne sait rien pardonner... ou plutôt, c'est ta mère... oui, oui, je comprends son émotion, son chagrin. Klle est trèsnerveuse, ma pauvre Clarisse... elle n'a pas eu la force de garder ce malheureux secret; elle a laissé échapper quelques mots, et tu as su lui arracher le reste... tandis qu'elle devait me prendre pour confident... Allons, ma- pauvre enfant, de la raison... il vaut mieux que ça arrive avant qu'après... Ce pauvre Léopold brûle de tomber à tes pieds et d'obtenir son pardon. A tout péché, miséricorde, que diable!... Quelques folies de jeunesse, croismoi, ma bonne petite, n'empêchent pas un galant homme d'être un excellent mari...
CÉCILE, qui, pendant que Léonard parlait, s'est caché la figure dans ses mains.
Mon oncle, vous me faites souffrir inutilement; vous vous trompez sur le compte de Léopold... Le secret que vous voulez m'arracher, je ne le dirai ni à vous ni à personne... Si vous voulez que je sois, non pas heureuse, (Soupirant.) il n'est plus de bonheur pour moi!... mais tranquille, ne me parlez plus de rien... surtout de revoir mon mari!
LÉONARD
Surtout! surtout!... écoute : tu annonces l'intention de t'installcr ici à poste fixe, et tu ne rélléchis pas qu'il y a un obstacle.
LcMiuel ?
LÉONARD
Oli! mon Dieu! pou de chose... le code Napoléon.
CÉCILE
Comment?
LÉONARD
fu n'as jamais lu le code Napoléon?... 11 y a pourtant certains articles que le maire de ton arroadissenicnt a du te communiquer.
CÉCILE
Comment?... on oserait me forcer... Mais savez-vous que cela serait afireux?
LÉONARD
Non... je ne sais pas... puisque tu ne m'as rimi dit... Si tu voulais m'instruire...
CÉCILE
Mon oncle, je vous en supplie...
LÉONARD
Voyons, calme-toi!... (Il lui prmd la muin.j Tu as encore de la fièvre.
CÉCILE, retirant vivement sa main.
Moi! vous vous trompez...
LÉON ARD
Ils sont incroyables! Depuis un mois je n'entends que cela : Vous vous trompez. Non, de par tous les diables, je ne me trompe pas!... mais je le soignerai, je te rétablirai... car si je ne peux guérir ton esprit, je dois au moins répondre de la santé. (On entend un bruil de voilure. j Qu'est-ce
UN SECRKT DE FAMILLE
que c'est que ça? (Il va i h fenêtre.) Une rliaise de poste.
CÉCILE
0 ciel!...
LÉONARD, avec un étonnemont simulé.
Une visite qui nous arrive... quel bonheur!... Eh! mais, c'est Léopold.
CKCi LK, avec un mouvement de joie involontaire. LéopoUl!...
LÉONARD, à part.
Il a reçu ma lettre et n'a pas perdu de temps. CÉCILE, sa figure change tout à coup d'expression. Léopold!...
LÉONARD
Allons, viens au-devant de lui.
Moi?... non... non... Je ne veux pas, jo ne peux pas le revoir.
LÉONARD
Quel enfantillage!... Le voih\ qui monti^ Tescalier,.. courons.,,
Mon oncle, si vous m'aimez, si vous voulez que je vive, faites que je ne le voie pas!... Empêchez, oh! empêchez qu'il parvienne jusqu'à moi! (Kllu entre vivement dans la cliambro do droite et tourne la clef en dedans,)
LÉONARD, .>Cul.
Empêcher... empêcher... Il me semble que voilà un double tour qui ne me laisse pas grand' chose à faire.
SCÈiNE IH.
LÉONARD, LÉOPOLD, RRIOLET,
portant luie valise.
LÉOPOLD, à Briolet.
Posez cela ici, et sortez,,. (Briolet pose la valise et sort. A Léonard.) Où est-elle? où est-elle?
LÉONARD
D'abord, embrassez-moi, mon cher ami.
LÉOPOLD
Ah! vous nous avez rendus à la vie en nous écrivant, en nous indiquant le lieu de sa retraite.
LÉONARD
Je n'avais garde d"y manquer!... si tôt arrivé ici, crac, j'ai appelé au secours.
LÉOPOLD
Mais Cécile?... Cécile?...
LÉONARD
Elle est dans sa chambre-
Ah! je cours...
LÉONARD
Elle est enfermée.
LÉOPOLD
Mon cher monsieur Léonard, je vous en supplie, aveitissez-Ia, dites-lui que je suis ici.
LÉONARD
Parbleu, elle le sait aussi bien que moi.
LÉOPOLD
Dites-lui que je n'ai qu'un espoir, que je ne forme qu'un vœu... celui de la voir.
LÉONARD
Il parait qu'elle s'en est doutée, car elle est partie dès qu'elle vous a entendu.
LÉOPOLD
Il faut pourtant que je lui parle! elle ne peut me refuser!... Ah! monsieur, je l'ai bien achetée cette faveur que je sollicite.
LÉONARD
Oui , oui , mon pauvre garçon ; vous n'êtes pas trop exigeant pour un mari!... c'est une justice à vous rendre.
LÉOPOLD
Vous ne savez pas, vous ne saurez jamais tout ce que j'ai souffert, tout ce que je souffre encore.
Mais si fait, si fait; je me le figure parfaitement!
LÉOPOLD
Sans cesse poursuivi des pensées les plus affreuses, courant partout comme un insensé, la demandant à tout le monde, croyant toujours entendre retentir à mon oreille cette horrible réponse : Cécile est morte!... morte!... Et quand votre lettre est arrivée, quand il a fallu l'ouvrir devant cette pauvre mère qui a tout appris maintenant... ah! je ne sais pas comment mon cœur ne s'est pas brisé !
LÉONARD, s'essuyant les yeux.
Mais ce n'est pas moi qu'il faut attendrir!... Si vous lui contiez un peu tout ça à elle?
LÉOPOLD
Et comment, puisqu'elle me fuit?
LÉONARD
Attendez : je vais essayer, moi!... (Il va contre la porte à droite.) Cécile, ma petite Cécile!... c'est Léopold, ton mari , qui demande que tu l'écoutés , ne fût-ce qu'un instant!... puis après, s'il le faut, si tu l'exiges, il s'éloignera!... (A Léopold.) J'espère bien que non. (Moment de silence.) Et quoi, tu ne réponds pas? pas une syllabe pour ur pauvre garçon!...
LÉOPOLD
Vous le voyez, monsieur!... Rien, rien; quand vous la suppliez, quand depuis cinq jours elle nous amis la mort dans lecœur!... Ali! monsieur, votre nièce est bien cruelle.
Voyons, mon ami, voyons, calmez-vous!... et dites-moi, pendant que nous sommes seuls, si vous n'avez rien à vous reprocher...
LÉOPOLD
A me reprocher!... Cécile vous a dit...
LÉONARD
Rien, absolument rien; mais je suis certain qu'elle est irritée contre vous par une jalousie rétrospective...