‹ Théâtre de Beaumarchais (volume 2)Chapitre 104 sur 504 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

MELAC FIs en habit de ville, PAULINE.

PAULINE avec une gaieté affectée.

}pour quelqu’un quia fait une aussi belle toilette, vous avez une terrible humeur.

. ACTE Il, SCENE I. 109

MELAC FILS.

-Cest votre gaieté qui me la donne, mademoiselle ; c’est ce retour précipité. Saint-Alban doit rester trois mois en tournée : il en passe un ici; et a peine est-il parti, qu’on le voit revenir.

PAULINE

Sil a des affaires 3 a Paris.

MELAC FILS.

La Fleur dit qu’il n’y va pas. Un tel empressement ne regarde que vous, mademoiselle.

PAULINE en riant.

Depuis quand suis-je mademoiselle ? Les doux noms de

frére et de sceur...

MELAC FILS avec feu.

Saint-Alban vous aime : il est riche, en place, estimé; je vois tout mon malheur. Il vous aime, il vous obtiendra, et jen mourrai de chagrin.

PAULINE gaiement.

Dites-moi, je vous prie, ou vous prenez toutes les folies qui vous échappent?

MELAC FILS. 3

Ecoutez, Pauline. Vous faites profession de sincérité. assurez-moi qu’il ne vous a rien dit , et je serai calmé.

PAULINE

Que voulez-vous qu’il m’ait dit?

Que vous étes belle, qu’il vous aime.

C’est une phrase si commune! Et vous aussi, vous me Yavez dit: tous les jeunes gens recus dans-cette maison ne se donnent-ils pas les airs de tenir le méme langage?

MELAC FILS, Aucun d’eux, sans doute, n’a pu vous voir avec indit{érence ; mais sils vous connaissaient comme moi... PAULINE.

Ils me verraient bien haissable.

MELAC FILS.

Ils n’auraient plus besoin de vous trouver si belle, pour

vous aimer éperdument. Revenons..

PAULINE

Dans un homme comme Saint-Alban, ces propos que vous redoutez ne sont que des galanteries Pusage et sans Conséquence; de la part des autres, c'est pure étourderie...; de la votre... :

MELAG FILS.

De la mienne...? :

PAULINE galement.

De la votre... Mais je voudrais bien savoir pourquoi vous vous donnez les airs de nYinterroger? Il faut avoir de grands titres pour user de pareils priviléges.

MELAC FILS.

Ah! Pauline, il arrive, et vous plaisantez.

PAULINE sérieusement.

Brisons-la, je vous prie. Peut-étre auriez-vous a vous

plaindre de moi, si quelque autre avait lieu de s’en louer. MELAC FILS avec feu.

Ce Saint-Alban me fait trembler; 6tez-moi cette inquié-

tude. ‘ PAULINE.

Que vous étes importun !

MELAC FILS,

Défendez-moi seulement d’en avoir.

PAULINE

Oh! quand il veut une chose!... (Etourdiment.) Si je vous le défends , m’obéirez-vous?

MELAC FILS lui baisant les mains avec transport.

Ma chére Pauline!

PAULINE s’échappant.

Toujours le méme! On ne peut dire un mot, sans étre forcée de quereller ou de vous fuir.

(Elle sort. )

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