ACTE 1, SCENE II
Si Pune est ma maitresse,
Lautre est mon serviteur.
L’autre est mon serviteur. *
Lautre est mon serviteur.
Hen , hen, quand il y aura des accompagnements 1a-dessous , nous verrons encore, messieurs de la cabale, si je ne sais ce que je dis... (1l apercoit le comte.) J’ai vu cet abbé-1la quelque
part.
(1I se reléve. ) LE COMTE a part. Cet homme ne m’est pas inconnu.
Eh non, ce n’est pas un abbé! Cet air altier et noble... LE COMTE, Cette tournure grotesque...
FIGARO
Je ne me trompe point; c’est le comte Almaviva. LE COMTE.
Je crois que c’est ce coquin de Figaro.
FIGARO
C’est lui-méme, monseigneur.
LE COMTE
Maraud! si tu dis un mot...
FIGARO
Oui, je vous reconnais; voila les bontés familiéres dont vous n’avez toujours honoré.
LE COMTE. z Je ne te reconnaissais pas, moi. Te voila si gros et si gras... FIGARO, Que voulez-vous, monseigneur , c’est la misére. i LE COMTE.
Pauvre petit! Mais que fais-tu a Séville? Je t’avais autrefois recommandé dans les bureaux pour un emploi. FIGARO.
Je ai obtenu , monseigneur; ef ma reconnaissance... LE COMTE.
Appelle-moi Lindor. Ne vois-tu pas, 8 mon déguisement, que je veux étre inconnu?
FIGARO
Je me retire.
LE COMTE
Au contraire. attends ici quelque chose, et deux hommes qui jasent sont moins suspects qu’un seul qui se proméne Ayons l’air de jaser. Eh bien, cet emploi ?
Le ministre, ayant égard ala recommandation de Votre Excellence, me fit nommer sur-le-champ gar¢on apothicaire. LE COMTE. -
Dans les hépitaux de ’armée ?
FIGARO
Non; dans les haras d’Andalousie.
LE COMTE riant.
Beau début ! eke FIGARO.
Le poste n’était pas mauvais, parce qu’ayant le district des pansements et des drogues, je vendais souvent aux hommes de bonnes médecines de cheval...
LE COMTE
Qui tnaient les sujets du roi!
FIGARO
Ah, ah, il n’y a point de reméde universel : mais qui n’ont pas laissé ‘de guérir quelquefois des Galiciens, des Catalans , des Anvergnats.
LE COMTE
Pourquoi donc l’as-tu quilté?
FIGARO
Quitté? C’est bien lui-méme; on m’a desservi aupres des
puissances.
LVenvie aux doigts crochus, au teint pale et livide
Oh grace! grace, ami! Est-ce que tu fais aussi des vers ? Je Vai vu la griffonnant sur ton genou, et chantant dés le matin.
FIGARO Voila précisément la cause det mon malheur, Excellence. Quand on a rapporté au ministre que je faisais , j je puis dire assez joliment , des bouquets a Chloris; que j’envoyais des éigmes aux journaux , qu'il courait des madrigaux de ma fagon; en un mot, quand il a su que j’étais imprimé tout vif, il a pris la chose au tragique et m’a fait éter mon emploi, sous prétexte que l'amour des lettres est incompatible avec l’esprit des affaires.
LE CONTE
Puissamment raisonné! Et tu ne lui fis pas représenter... FIGARO.
Je me crus trop heureux den étre oubiié, persuadé qu’un . grand nous fait assez de bien quand il ne nous fait pas de mal.